Défis et problèmes pour la construction du socialisme (Patrik KÖBELE)

Version retravaillée d’un rapport présenté dans le cadre de la 6ème session du bureau du Parti, 19-20 juin 2021, traduction et notes par Kevin Guillas-Cavan

le mercredi 27 avril par Kevin Guillas-Cavan , ImpérialismeCapitalisme monopolisteStades et phases du socialisme / communisme

Présenté au bureau du Parti communiste allemand (DKP) par son président, Patrik Köbele, ce rapport offre une riche réflexion sur la construction du socialisme. Après une première partie rappelant et discutant les apports fondamentaux de Marx, Engels, Lénine et Ulbricht, le texte procède à une actualisation critiques de ces apports.

Parmi les avancées notables de ce texte pour le lectorat francophone, on notera notamment la réflexion sur la contradiction entre la satisfaction des besoins sociaux et la consommation directe dans la phase initiale du socialisme et ses effets sur la persistance du capitalisme dans la conscience des masses, mais aussi la réflexion stratégique sur la nécessité de limiter la poussée socialiste initiale au seul capital monopoliste pour élargir l’alliance sociale autour de la classe ouvrière et la réflexion sur l’impossibilité pour les pays socialistes à rompre tout rapport avec les puissances impérialistes dans la période actuelle. Il rappelle alors le combat pour une « coexistence pacifique » d’une nouvelle sorte est aussi une dimension de la lutte des classes internationale.

Publié par le journal communiste Unsere Zeit et transformé en plusieurs brochures de formation, ce texte, pris dans son ensemble, offre aussi à voir un certain style de travail au sein du Parti. Il représente aussi une tentative courageuse décidée lors du dernier congrès du DKP de confronter les thèses du Parti avec les discussions animant le mouvement communiste international, desquelles les communistes français sont trop absents.

Sommaire

1 – Le problème du déroulement chronologique entre la révolution prolétarienne, les étapes de la construction socialiste et l’édification d’une société sans classe (communiste)
2 – La définition du concept de « socialisme » comme caractérisation d’une étape sur la voie du communisme, comme concept scientifique, comme mot d’ordre : un flou établi
3 – Conscience de classe, de masse, consommation, satisfaction et évolution des besoins
4 – Le problème du développement de la productivité
5 – Le problème des formes de propriété : la question du capitalisme d’État et de la propriété socialiste sur la voie vers le socialisme
6 – Le problème des classes et de la lutte des classes en lien avec les formes de propriété sur la voie vers le socialisme : l’intégration des classes (opprimées) dans l’hégémonie de la classe dominante, le problème de l’exercice du pouvoir politique par la classe ouvrière
7 – L’influence de la situation de la lutte des classes internationale
8 – Rapports économiques internationaux et dépendances
9 – Il n’y aura pas de pure révolution socialiste dans le stade impérialiste : ce fait a des conséquences en termes de politique d’alliance dans le cadre de la construction du socialisme
10 – Les effets durables des traditions historiques, culturelles et sociales
11 – La situation de la lutte des classes à l’intérieur du socialisme
12 – Politique d’alliance internationale

Chers camarades,

« Problème pour la construction du socialisme après la révolution prolétarienne » : les communistes allemands n’ont-ils pas de problèmes plus urgents ?

C’est exact : pour commencer, aucune révolution prolétarienne n’est en vue. Nous ne savons pas non plus si l’un ou l’une des camarades présents aura la chance de participer à la construction du socialisme – pour la plupart d’entre nous, ce ne sera probablement pas le cas. Cependant, cette question est une question d’actualité, ici et maintenant, et ne doit pas être renvoyée au surlendemain. L’étude de cette question permet d’aborder les données fondamentales permettant une analyse nuancée des États qui proclament emprunter ou vouloir emprunter une voie non-capitaliste. Une approche nuancée est nécessaire si nous voulons prendre part aux discussions qui animent le mouvement communiste international et qui ont souvent pour effet d’approfondir les divergences. Sans une approche nuancée, la compréhension des évolutions globales est difficile et l’appréciation du rapport de forces global erronée.

L’objet de ce rapport n’est pas de conclure d’une façon définitive de quelle manière doit être qualifiée la situation sociale dans les républiques populaires de Chine, du Vietnam ou du Laos. De la même manière, nous n’allons porter aucun jugement final sur le processus de réforme à Cuba. Nous n’allons déterminer aucune position à l’égard de la République populaire et démocratique de Corée. Ce weekend, nous voulons ouvrir le débat.

Nous supposons que nous aurons progressé d’ici le prochain congrès de notre Parti et que nous aurons clarifié nos positions là où cela est nécessaire. Nous avons décidé lors de notre dernier congrès de rester fidèles à notre position actuelle en faveur d’un travail international.

Nous ouvrons la première phase de discussion avec le rapport d’aujourd’hui. Nous avons promis d’y intégrer le rapport de Renate [1].

Je vais traiter le sujet en différentes parties et selon diverses problématiques. Certaines sont plus théoriques, d’autres plus historiques. Certaines concernent des questions politiques, d’autres des questions économiques. D’autres encore se concentrent sur les questions de lutte des classes et de rapport de forces, quelques-unes sur la conscience de classe et des masses et son développement. Le problème avec cette démarche est celui-ci : quoique je divise mon propos en différents chapitres, les diverses questions sont liées et interdépendantes.

1 – Le problème du déroulement chronologique entre la révolution prolétarienne, les étapes de la construction socialiste et l’édification d’une société sans classe (communiste)

Marx et Engels partent du principe d’un processus extrêmement comprimé dans le temps lors qu’ils rédigent Le Manifeste du Parti communiste. Ils écrivent ainsi :

Nous avons déjà vu plus haut que la première étape dans la révolution ouvrière est la constitution du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie.

Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’État, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives.

Cela ne pourra naturellement se faire, au début, que par une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production, c’est-à-dire par des mesures qui, économiquement, paraissent insuffisantes et insoutenables, mais qui, au cours du mouvement, se dépassent elles-mêmes et sont indispensables comme moyen de bouleverser le mode de production tout entier.

Ces mesures, bien entendu, seront fort différentes dans les différents pays. [2]

Dans Le Manifeste viennent ensuite des exigences immédiates dont la réalisation signifie :

Les antagonismes des classes une fois disparus dans le cours du développement, toute la production étant concentrée dans les mains des individus associés, alors le pouvoir public perd son caractère politique. Le pouvoir politique, à proprement parler, est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre. Si le prolétariat, dans sa lutte contre la bourgeoisie, se constitue forcément en classe, s’il s’érige par une révolution en classe dominante et, comme classe dominante, détruit par la violence l’ancien régime de production, il détruit, en même temps que ce régime de production, les conditions de l’antagonisme des classes, il détruit les classes en général et, par là même, sa propre domination comme classe.

À la place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. [3]

Lénine analyse quant à lui l’impérialisme comme une phase particulière [4] du capitalisme. Il arrive à la conclusion qu’il est envisageable, dans les nouvelles conditions de son époque, que la révolution prolétarienne ne triomphe pas d’abord dans les États capitalistes les plus développés, mais potentiellement dans « le maillon faible ». Couplé avec les expériences de la Commune de Paris, cela le conduit aux réflexions qu’il développe, avant la Révolution d’Octobre, dans L’État et la Révolution. Il écrit ainsi, entre autres choses :

C’est seulement dans la société communiste, lorsque la résistance des capitalistes est définitivement brisée, que les capitalistes ont disparu et qu’il n’y a plus de classes (c’est-à-dire plus de distinctions entre les membres de la société quant à leurs rapports avec les moyens sociaux de production), c’est alors seulement que « l’État cesse d’exister et qu’il devient possible de parler de liberté » Alors seulement deviendra possible et sera appliquée une démocratie vraiment complète, vraiment sans aucune exception. Alors seulement la démocratie commencera à s’éteindre pour cette simple raison que, délivrés de l’esclavage capitaliste, des horreurs, des sauvageries, des absurdités, des ignominies sans nombre de l’exploitation capitaliste, les hommes s’habituront graduellement à respecter les règles élémentaires de la vie en société connues depuis des siècles, rebattues durant des millénaires dans toutes les prescriptions morales, à les respecter sans violence, sans contrainte, sans soumission, sans cet appareil spécial de coercition qui a nom : l’État. [5] [...]

La justice et l’égalité, la première phase du communisme ne peut donc pas encore les réaliser ; des différences subsisteront quant à la richesse, et des différences injustes, mais l’exploitation de l’homme par l’homme sera impossible, car on ne pourra s’emparer, à titre de propriété privée, des moyens de production, fabriques, machines, terre, etc. En réfutant la formule confuse et petite-bourgeoise de Lassalle sur « l’égalité » et la « justice » en général, Marx montre le cours du développement de la société communiste, obligé de commencer par détruire uniquement cette « injustice » qu’est l’appropriation des moyens de production par des individus, mais incapable de détruire d’emblée l’autre injustice : la répartition des objets de consommation « selon le travail » (et non selon les besoins). [6] [...]

Ainsi, dans la première phase de la société communiste (que l’on appelle ordinairement socialisme), le « droit bourgeois » est aboli non pas complètement, mais seulement en partie, seulement dans la mesure où la révolution économique a été faite, c’est-à-dire seulement en ce qui concerne les moyens de production. Le « droit bourgeois » en reconnaît la propriété privée aux individus. Le socialisme en fait une propriété commune. C’est dans cette mesure, mais dans cette mesure seulement, que le « droit bourgeois » se trouve aboli. [7] […]

La base économique de l’extinction totale de l’État, c’est le communisme arrivé à un si haut degré de développement que toute opposition disparaît entre le travail intellectuel et le travail manuel et que, par conséquent, disparaît l’une des principales sources de l’inégalité sociale contemporaine, source que la seule socialisation des moyens de production, la seule socialisation des moyens de production, la seule expropriation des capitalistes ne peut en aucune façon tarir d’emblée.

Cette expropriation rendra possible un essor gigantesque des forces productives. Et voyant comment le capitalisme, dès maintenant, entrave incroyablement cet essor, et combien de progrès l’on pourrait réaliser grâce à la technique moderne déjà acquise, nous sommes en droit d’affirmer, avec une certitude absolue, que l’expropriation des capitalistes entraînera nécessairement un développement prodigieux des forces productives de la société humaine. Mais quelle sera la rapidité de ce développement, quand aboutira-t-il à une rupture avec la division du travail, à la suppression de l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel, à la transformation du travail en « premier besoin vital », c’est ce que nous ne savons ni ne pouvons savoir.

Aussi n’avons-nous le droit de parler que de l’extinction inévitable de l’État, en soulignant la durée de ce processus, sa dépendance à la rapidité avec laquelle se développera la phase supérieure du communisme, et en laissant complètement en suspens la question des délais ou des formes concrètes de cette extinction. Car les données qui nous permettraient de trancher de tels problèmes n’existent pas [8].

Outre la question de la longue durée de la première phase, la phase socialiste, Lénine considère ici (avant la Révolution d’Octobre) que l’accroissement de la productivité est d’une importance extrême pour le développement en direction d’une société dont le credo est la libération des besoins dont tous doivent jouir. Il souligne cependant avec insistance que les individus doivent d’abord s’habituer, au cours de la phase du socialisme, à respecter les règles de la vie en commun sans contrainte parce qu’ils sont libérés du capitalisme. Et Lénine postule que dans cette phase, la simple socialisation des moyens de production va entraîner une envolée rapide du développement des forces productives.

Sur ce point, Lénine doit reconnaitre, quelques années plus tard, que cela seul ne suffit pas à susciter un développement rapide automatique. Il développe alors la nécessité de la « nouvelle politique économique » (NEP). Lénine définit la NEP en 1920-1921. Dans son rapport « La nouvelle politique économique et les tâches des services d’éducation politique » (1921), il reconnait que la tentative trop précoce de passer « à la production et à la répartition communistes » dans les premières années après la révolution a conduit à une sérieuse défaite parce que l’on a oublié « la nécessité d’une période longue et complexe [9] (période d’autant plus longue que cette société est moins évoluée), impliquant l’inventaire et le contrôle socialistes, afin d’accéder depuis la société capitaliste, aux premières approches de la société communiste » [10]. À propos de la NEP, il ajoute :

La nouvelle politique économique signifie le remplacement des prélèvements par l’impôt ; elle signifie le passage au rétablissement du capitalisme dans une grande mesure. Dans quelle mesure ? C’est ce que nous ne savons pas. Les concessions accordées aux capitalistes étrangers […], les baux accordés aux capitalistes privés, cela est bel et bien un rétablissement du capitalisme, et cela se rattache aux racines de la nouvelle politique économique. [11]

Conscient du danger, il précise sous le titre « Qui vaincra : le capitalisme ou le pouvoir des soviets ? » :

Voilà à quoi se résume toute la guerre actuelle : qui vaincra, qui profitera le premier ? Le capitalisme, à qui nous laissons nous-mêmes une porte ouverte, ou même plusieurs portes ouvertes (ainsi que beaucoup de portes que nous ne connaissons pas nous-mêmes, et qui s’ouvrent à notre insu et contre nous), ou bien le pouvoir d’État prolétarien ? [12]

En 1918, Lénine avait déjà repoussé la critique « de gauche » à l’encontre d’une haute flexibilité sur les questions économiques. Dans son texte Sur l’infantilisme « de gauche » et les idées petites-bourgeoises [13], il écrit ainsi :

Passons maintenant aux déboires de nos « communistes de gauche » en matière de politique intérieure. Il est difficile de ne pas sourire en lisant dans les thèses sur la situation actuelle des phrases comme celle-ci :

« ... L’utilisation méthodique des moyens de production restés intacts ne se conçoit que dans le cadre de la socialisation la plus résolue » ... « non pas la capitulation devant la bourgeoisie et ses suppôts intellectuels petits bourgeois, mais l’écrasement complet de la bourgeoisie et une action tendant à briser définitivement le sabotage... »

Chers « communistes de gauche », quelle surabondance de résolution... et quelle insuffisance de réflexion ! Que veut dire cette « socialisation la plus résolue » ?

On peut être résolu ou irrésolu en matière de nationalisation et de confiscation. Mais aucune « résolution », fût-elle la plus grande qui soit, ne suffit pour assurer le passage de la nationalisation et des confiscations à la socialisation. Toute la question est là, précisément. Le malheur de nos « communistes de gauche », c’est que par ce naïf et puéril assemblage de mots : « La socialisation... la plus résolue », ils révèlent leur incompréhension totale du nœud de la question et de la situation « actuelle ». Les déboires des « communistes de gauche » viennent précisément de ce qu’ils ne voient pas le trait essentiel de la « situation actuelle », du passage des confiscations (pour lesquelles un homme politique doit surtout faire preuve de résolution) à la socialisation (qui exige des révolutionnaires d’autres qualités).

Hier, il fallait essentiellement nationaliser, confisquer, battre et achever la bourgeoisie et briser le sabotage avec le maximum de résolution. Aujourd’hui, il n’est que des aveugles pour ne pas voir que nous avons nationalisé, confisqué, brisé et démoli plus que nous n’avons réussi à compter. Or, la socialisation diffère de la simple confiscation précisément en ceci qu’on peut confisquer avec la seule « résolution », sans être compétent en matière de recensement et de répartition rationnelle de ce qui a été confisqué, tandis qu’on ne peut socialiser à défaut de cette compétence.

Notre mérite historique est d’avoir été hier (comme nous le serons demain) résolus dans le domaine des confiscations, de l’écrasement de la bourgeoisie, de la répression du sabotage. En parler aujourd’hui dans des « thèses sur la situation actuelle », c’est se tourner vers le passé et ne pas comprendre le passage vers l’avenir.

... « Briser définitivement le sabotage » ... La belle tâche que voilà ! Mais les saboteurs sont déjà bien assez « brisés » chez nous. C’est tout autre chose qui nous manque : nous ne savons pas calculer où il faut mettre tel ou tel saboteur, nous ne savons pas organiser nos propres forces pour la surveillance, charger un directeur ou un contrôleur bolchévique de surveiller, disons, une centaine de saboteurs qui viennent travailler chez nous. [14] […]

Si les paroles que nous venons de citer appellent un sourire, c’est un rire homérique que provoque la découverte faite par les « communistes de gauche » et selon laquelle si « la déviation bolchévique de droite » l’emportait, la République des Soviets risquerait « d’évoluer vers un capitalisme d’État ». Voilà qui semble bien fait pour nous remplir d’effroi ! Et quel zèle nos « communistes de gauche » ne mettent-ils pas à répéter dans leurs thèses et dans leurs articles cette redoutable découverte...

Or, ils n’ont pas songé que le capitalisme d’État serait un pas en avant par rapport à l’état actuel des choses dans notre République des Soviets. [15] […]

Parmi les gens qui se sont intéressés à l’économie de la Russie, personne, semble-t-il, n’a nié le caractère transitoire de cette économie. Aucun communiste non plus n’a nié, semble-t-il, que l’expression de République socialiste des Soviets traduit la volonté du pouvoir des Soviets d’assurer la transition au socialisme, mais n’entend nullement signifier que le nouvel ordre économique soit socialiste.

Mais que veut dire le mot transition ? Ne signifie-t-il pas, appliqué à l’économie, qu’il y a dans le régime en question des éléments, des fragments, des parcelles, à la fois de capitalisme et de socialisme ? Tout le monde en conviendra. Mais ceux qui en conviennent ne se demandent pas toujours quels sont précisément les éléments qui relèvent de différents types économiques et sociaux qui coexistent en Russie. [16] […]

Le capitalisme d’État est, au point de vue économique, infiniment supérieur à notre économie actuelle. C’est là un premier point.

Ensuite, il ne contient rien que le pouvoir des Soviets doive redouter, car l’État soviétique est un État dans lequel le pouvoir des ouvriers et des pauvres est assuré. Les « communistes de gauche » n’ont pas compris ces vérités incontestables, que ne comprendra naturellement jamais aucun « socialiste révolutionnaire de gauche », incapable en général de lier dans sa tête deux idées quelconques sur l’économie politique, mais que tout marxiste sera obligé de reconnaître. [17]

Remarquez que Lénine a émis ces remarques plusieurs années avant le début de la NEP.

Quand et pourquoi la NEP a-t-elle pris fin ? Il a été décidé d’y mettre fin en 1928 et 1929. Jusque-là, elle avait permis des succès économiques mais elle avait atteint ses limites – selon l’analyse de Staline – du fait de la situation de la lutte des classes internationale. En 1929, Staline écrit dans « L’année du grand tournant » :

Il s’ensuit que le Parti a su utiliser efficacement le recul opéré aux premiers stades de la NEP pour, ensuite, à ses stades ultérieurs, organiser le tournant et engager une offensive victorieuse contre les éléments capitalistes. [18]

Dans la suite de son développement, il décrit que ce tournant s’inscrit dans un contexte marqué par le refus du capital étranger de mettre à disposition de l’Union soviétique les crédits et emprunts dont elle a besoin pour la construction de l’industrie lourde et ce afin de bloquer la construction du socialisme et d’étrangler le pouvoir des Soviets.

C’est ce qui guide précisément les capitalistes de tous les pays, lorsqu’ils nous refusent emprunts et crédits ; ils croient que nous ne pourrons venir à bout, par nos propres forces, du problème de l’accumulation, que nous nous enferrerons sur le problème de la reconstruction de l’industrie lourde et serons obligés d’aller les trouver chapeau bas, de nous livrer à leur merci. [19]

Toutes ces citations montrent que les communistes ont dû apprendre que la durée de la transition vers le communisme est sensiblement plus longue que ce que l’on prévoyait du temps du Manifeste du Parti communiste.

Cette question a aussi fait l’objet de développements de la part de Walter Ulbricht [20], entre autres. En 1967, dans un discours pour le centième anniversaire du Capital, celui-ci déclare ainsi à propos de la construction du socialisme :

Le VIème congrès de notre parti (en 1963, note de Patrik Köbele) a établi que les rapports de production socialistes en RDA ont triomphé. Nous considérons cette victoire non comme l’achèvement de la construction du socialisme, mais comme une étape importante dans la construction d’une société socialiste. Avec la victoire des rapports de production socialistes, l’ensemble des éléments du système social que l’on appelle socialisme, dont les rapports de production eux-mêmes, ont commencé à se développer sur une base propre au socialisme. (…)

Quand nous considérons le processus historique de la formation des éléments du socialisme dans l’ordre démocratique-antifasciste (antifaschistisch-demokratische Ordnung) jusqu’aujourd’hui, deux phases du développement apparaissent clairement. Dans la première phase, les fondements du socialisme sont créés à travers le passage graduel des moyens de production dans les mains du peuple, à travers l’organisation de la planification économique, à travers le développement progressif des coopératives de production agricole, des coopératives de production artisanale et des entreprises à participation étatique, des formes socialistes de commerce ainsi qu’à travers d’importantes réformes de l’éducation. Cette phase s’achève avec la victoire des rapports de production socialistes, par laquelle le système des lois économiques du socialisme devient pleinement opérant. […] Quelle est la conclusion la plus importante à laquelle nous sommes parvenus à cet égard ? Elle réside dans le fait suivant : dans le développement de la société, le socialisme n’est pas une phase de transition de courte durée, mais une formation socio-économique relativement autonome dans l’époque de la transition du capitalisme au communisme à l’échelle mondiale. [21]

2 – La définition du concept de « socialisme » comme caractérisation d’une étape sur la voie du communisme, comme concept scientifique, comme mot d’ordre : un flou établi

On trouve dans le programme de notre Parti les courtes définitions suivantes des termes de « communisme » et de « socialisme » :

En tant que première phase de la formation sociale communiste, le socialisme est à la fois une étape sur la voie du communisme, de cette société dans laquelle il n’y a plus de classe, dans laquelle le travail pour le bien de la société est devenu le premier besoin vital et dans laquelle la forme-marchandise des produits est dépassée. Ensuite, la production socialisée et le développement de l’être humain dans toutes ses dimensions atteindra un tel point que le principe « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » sera mis en œuvre dans les faits. La transition vers le communisme est préparée au cours d’un long processus historique à travers la construction du socialisme.

L’ordre social qu’on appelle le socialisme présuppose la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière [22] en association avec les autres travailleurs et travailleuses. Il se fonde sur la propriété sociale de tous les moyens de production importants, des institutions financières et des ressources naturelles. Il rend possible l’utilisation et l’accroissement planifiées (die planvolle Nutzung und Mehrung) de la richesse sociale pour le bien de la collectivité ainsi qu’une satisfaction toujours meilleure des besoins culturels croissants.

Nous parlons alors d’une période qui commence après la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière qui l’utilise pour arracher peu à peu l’ensemble du capital à la bourgeoisie. À partir de quand parle-t-on alors de socialisme ? Lénine indique que le socialisme n’est pas seulement un concept / une définition scientifique mais aussi un concept de combat politique quand il dit que « l’expression de République socialiste des Soviets traduit la volonté du pouvoir des Soviets d’assurer la transition au socialisme, mais n’entend nullement signifier que le nouvel ordre économique soit socialiste » [23] .

C’est la raison profonde pour laquelle les définitions des stades et phases qui se succèdent sur la voie vers la société sans classe sont exposées de manière aussi pointilliste que la société sans classe elle-même.

En tant que terminologie scientifique, le terme de « dictature du prolétariat » peut être utilisé pour désigner la première phase. En élargissant ce terme, ce que nous faisons dans notre programme, les stades sociaux socialiste et communiste peuvent être définis comme suit : la première [24], la phase socialiste, est organisée selon le principe « De chacun selon ses capacités, à chacun selon sa contribution ». La phase communiste quant à elle est organisée selon le principe « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». Le dépassement de la relations marchandise-argent et de la loi de la valeur sont alors à la fois les conditions nécessaires de la société communiste et les présupposés du dépérissement de l’État.

Ces imprécisions scientifiques ont conduit le mouvement communiste à des positions profondément divergentes au cours de son histoire. Ainsi, l’Union soviétique des années 80 du siècle passé affirmait construire le communisme (une affirmation fort volontariste du point de vue actuel) tandis que la RDA parlait de « la société socialiste développée » et considérait que celle-ci débute au moment où les rapports de production socialistes triomphent.

Un problème supplémentaire réside dans le fait que le mot d’ordre de l’irrévocabilité de la victoire des rapports de production socialistes (qui était peut-être nécessaire politiquement) a conduit à une sous-estimation de la force des ennemis de classe et de la persistance des vestiges idéologiques du capitalisme dans la conscience des masses.

Évidemment, il résulte un champ de contradictions de l’application du principe « À chacun selon sa contribution » d’un côté et, de l’autre, de la nécessité de l’accroissement de la production. Il doit être possible de tenir les deux bouts par la compétition socialiste, mais celle-ci ne suffit souvent pas. Si l’on en arrive, comme l’écrit Lénine, à devoir ouvrir des portes au capitalisme pour l’utiliser, alors les capitalistes ne se satisferont pas du principe « À chacun selon sa contribution ». Ce principe est étranger à la nature du capitalisme et des capitalistes car ils profitent, sur la base de la propriété des moyens de production, de l’exploitation des travailleurs et des travailleuses (que celle-ci soit ou non voilée) et cela n’a absolument rien à voir avec la contribution dans le sens où nous l’avons employée.

3 – Conscience de classe, de masse, consommation, satisfaction et évolution des besoins

J’aimerais ici aborder brièvement le problème complexe des besoins des masses, qui sont avant tout les besoins dont elles héritent des temps prérévolutionnaires. Ce phénomène persiste visiblement très longtemps et cela conduit à ce que la satisfaction que l’individu tire de la comparaison de sa situation personnelle avec le reste de la société (die Zufriedenheit im gesellschaftlichen Vergleich) dépende très fortement de la satisfaction de la consommation directe. Tous ceux d’entre nous qui ont connu la RDA doivent s’en souvenir : une des raisons centrales des compromis que le capital monopoliste d’Allemagne de l’Ouest était prêt à faire à l’égard de sa propre classe ouvrière était le rôle de vitrine que jouait la RFA. Dans la conscience de nombreuses personnes en RFA comme en RDA, l’un des acquis de la RDA les plus intéressants du point de vue écologique dans une perspective contemporaine (la primauté des transports en commun sur le transport individuel) était jadis perçu, à tort, comme un exemple de la supériorité du capitalisme (où chacun avait une voiture). Cela exerçait une pression permanente sur la RDA. Cette pression a entraîné des décisions politiques dont, possiblement, des décisions qui ont conduit à satisfaire des besoins de consommation plus tôt qu’il n’était possible économiquement.

Avec le recul, on critique fréquemment comme une erreur économique la focalisation croissante sur les besoins de consommation des masses décidée par Erich Honecker sous l’expression « d’unité de la politique économique et sociale » de la RDA. Il est certain que cette réorientation est due à la pression politique exercée par l’impérialisme avec sa « RFA-vitrine ».

Hélas, il semble cependant aussi que les succès accomplis, qui sont au moins aussi importants que la consommation directe pour le développement des forces productives des êtres humains, jouent un rôle limité dans la comparaison des systèmes sociaux que font les individus à leur niveau. Il y a du moins la tendance, chez beaucoup de gens, à sous-estimer dans la phase de construction du socialisme l’importance d’un bon système de santé ou d’éducation par rapport à l’approvisionnement en biens de consommation.

4 – Le problème du développement de la productivité

Dans tous les cas, le développement de la productivité est une question centrale. C’est une question de survie dans la lutte des classes internationale. C’est un enjeu pour la victoire sur la pauvreté, c’est un présupposé pour la satisfaction des besoins des individus et car ce développement crée les ressources qui sont nécessaires pour défendre le socialisme.

Nous rappelons une nouvelle fois ce qu’écrit Lénine dans L’État et la Révolution :

Cette expropriation rendra possible un essor gigantesque des forces productives. Et voyant comment le capitalisme, dès maintenant, entrave incroyablement cet essor, et combien de progrès l’on pourrait réaliser grâce à la technique moderne déjà acquise, nous sommes en droit d’affirmer, avec une certitude absolue, que l’expropriation des capitalistes entraînera nécessairement un développement prodigieux des forces productives de la société humaine. [25]

Lénine parle de « rendre possible » et non d’un automatisme immédiat. Néanmoins, il explique peu après que cela implique en fait « d’utiliser les saboteurs » et, dans sa justification de la NEP, d’ouvrir des portes aux capitalistes – toutefois, le risque est alors que ces derniers comprennent mieux et plus vite que le jeune pouvoir des Soviets comment utiliser la nouvelle situation.

D’autres tentatives pour augmenter la productivité par des campagnes n’ont guère été couronnées de succès. Un exemple de cela réside dans les expériences que les communistes chinois tirent du « Grand bond en avant ».

On est contraint d’acquérir les moyens de production auprès des capitalistes – pour cela, il faut des moyens à disposition. L’État socialiste a besoin de surproduit et il en a besoin sous les conditions d’un marché mondial mis en place et dominé par le capitalisme / impérialisme. Le Conseil d’assistance économique mutuelle (COMECON [26] : pour simplifier, l’institution de coopération économique des pays socialistes « d’obédience soviétique ») a certes permis le développement d’une coopération interne, principalement caractérisée par la planification (Planmäßigkeit) et la solidarité, bien plus présentes que dans d’autres formes de coopérations économiques mises en place par les sociétés d’exploiteurs (Ausbeutergesellschaft). Toutefois, il était plus faible et en partie dépendant des pays impérialistes ou d’institutions que ces derniers dominent. Cette faiblesse était aussi une conséquence de la division du mouvement communiste international qui a fait que la République populaire de Chine n’était pas membre du COMECON. Cette dépendance a souvent été utilisée pour du chantage, des stratégies de diversion économique [27] et du sabotage.

Les stratégies de diversion économique peuvent aussi avoir plusieurs formes extrêmement simples : en RDA, des achats de précaution paniques (Hamsterkäufe), qui ont conduit à des pénuries réelles, ont été causés par la simple annonce de pénuries par les médias de RFA.

5 – Le problème des formes de propriété : la question du capitalisme d’État et de la propriété socialiste sur la voie vers le socialisme

Dans un article publié dans les Marxistische Blättern, j’ai cherché à caractériser les formes de propriété des moyens de production en RDA et écrit, en gros, que la propriété privée des moyens de production a persisté jusqu’en 1972 – soit un temps assez long de 20 ans après la décision de commencer la construction du socialisme. Néanmoins, cette affirmation n’était pas tout à fait exacte parce qu’elle ne considérait pas la propriété coopérative qui faisait qu’en RDA, les paysans restaient propriétaires de leurs champs par exemple. Il y a bien sûr des causes historiques à ce fait. Les petits paysans et les ouvriers agricoles devaient être gagnés comme des alliés de la classe ouvrières dans la construction de l’ordre démocratique-antifasciste. La poussée devait se faire à l’encontre des criminels de guerre et des Junker [28] – d’où la réforme agraire qui a créé d’un coup 500 000 nouveaux propriétaires des moyens de production que sont le sol et la terre. Au cours de la construction du socialisme, des coopératives de production agricole ont été formées, cependant les paysans restaient propriétaires du sol. Néanmoins, ils cédaient leur pouvoir d’en disposer (Verfügungsgewalt) à la coopérative, c’est-à-dire au collectif des paysans et des actifs sans terre de la coopérative. Ils étaient alors les propriétaires des moyens de production parce qu’ils renonçaient à leur pouvoir d’en disposer individuellement. Si l’on suit la définition générale d’une classe formulée par Lénine – « On appelle classes, de vastes groupes d’hommes qui se distinguent par la place qu’ils occupent dans un système historiquement défini de production sociale, par leur rapport […] vis-à-vis des moyens de production » [29] – alors c’est à juste titre que l’analyse des classes en RDA a parlé d’une nouvelle classe, à savoir les paysans des coopératives (Genossenschaftsbauern). La propriété coopérative a été désignée en RDA comme l’une des formes de la propriété socialiste. On peut complètement partager cette appréciation, mais il faut alors faire remarquer que la relation marchandise-argent persiste dans le socialisme pour l’ensemble coopératif et que, pour cette raison même, cette forme de propriété devra être surmontée sur la voie vers le communisme.

Ce qui est intéressant dans le cas de cette classe des paysans des coopératives, c’est qu’ils étaient propriétaires des moyens de production mais s’accordaient pour n’avoir aucun pouvoir d’en disposer directement.

6 – Le problème des classes et de la lutte des classes en lien avec les formes de propriété sur la voie vers le socialisme : l’intégration des classes (opprimées) dans l’hégémonie de la classe dominante, le problème de l’exercice du pouvoir politique par la classe ouvrière

S’il y a des classes dans une société alors, en règle générale, il y a aussi lutte des classes. S’il y a dans une société des capitalistes, alors il y a aussi (du moins si leur nombre n’est pas complètement marginal) une classe capitaliste. De ce point de vue, il y a eu dans tous les pays socialistes des phases où il existait encore une classe capitaliste après la révolution prolétarienne.

Néanmoins, nous savons aussi par expérience douloureuse qu’il y a une différence entre la « classe en soi » – c’est-à-dire la classe qui existe objectivement du fait de sa place dans un système historiquement défini de production sociale – et celle qui se reconnait comme telle (« classe pour soi »). En ce qui concerne la classe ouvrière dans le capitalisme, c’est exactement cette mise en forme (Formierung) de la classe qui est un grand problème.

Cette mise en forme butte sur des facteurs objectifs et subjectifs. Des parties de la classe ouvrière sont intégrées dans la stratégie des capitalistes, ce qui est encore renforcé dans le stade impérialiste. Les médias, l’appareil idéologique, le système d’éducation et bien d’autres choses encore sont mobilisés pour empêcher cette mise en forme.

Mais comment cela se passe-t-il dans la phase après que la classe ouvrière a pris le pouvoir ?

Lénine a déjà attiré l’attention sur le fait que le pouvoir de la classe ouvrière n’est pas seulement un instrument d’oppression (Unterdrückungsinstrument) : le capitalisme nous apprend qu’il parvient à intégrer des parties de la classe ouvrière ou à masquer son oppression de telle sorte qu’elle ne soit pas ressentie comme telle. L’intégration d’une classe capitaliste dans un État prolétarien exige certainement de la corrompre en permettant aux capitalistes de faire du profit.

Néanmoins, cela fait évidemment courir le risque dont nous avons déjà parlé et que Lénine décrit ainsi : « Qui vaincra, qui profitera le premier ? Le capitalisme, à qui nous laissons nous-mêmes une porte ouverte, ou même plusieurs portes ouvertes (ainsi que beaucoup de portes que nous ne connaissons pas nous-mêmes, et qui s’ouvrent à notre insu et contre nous), ou bien le pouvoir d’État prolétarien ? » [30]

La solidité du pouvoir d’État prolétarien vient donc du rôle crucial du Parti communiste et, par-dessus tout – comme on le sait par expérience historique – de la solidité de ce dernier. Dans certaines conditions, l’ennemi de classe va diriger son feu sur d’autres éléments du pouvoir d’État – en RDA, principalement contre le ministère pour la Sécurité d’État [31] – mais pour le pouvoir d’État prolétarien, la question décisive est la fonction du Parti. Celui-ci demeure-t-il l’avant-garde ou a-t-il perdu ce rôle à un moment donné ?

7 – L’influence de la situation de la lutte des classes internationale

De mon point de vue, rien n’indique actuellement que des tentatives de rupture en direction du socialisme vont concerner en même temps des régions toute entières, voire des continents. De nombreux éléments indiquent que, dans la période qui s’ouvre à nous, elles auront lieu dans des économies assez faibles (« des maillons faibles »). Ces tentatives vont avoir lieu dans le cadre d’un rapport de forces international qui est et sera caractérisé encore longtemps par la domination de l’impérialisme.

Dans les phases précoces, la boite à outils du combat antisocialiste de l’impérialisme se composait avant tout d’interventions militaires, de sabotages, d’attentats et de guerres. En ce domaine aussi, l’impérialisme a élargi sa palette. À l’époque où le socialisme européen était fort se sont ajouté la course aux armements, les blocus économiques, le relâchement idéologique (Ideologische Aufweichung) et bien d’autres choses. Aujourd’hui complétés par les révolutions de couleur, l’impérialisme des droits de l’homme ou l’importation des tendances à la division au sein des forces révolutionnaires et de leurs alliés, l’impérialisme a perfectionné les outils à sa disposition. De l’autre côté, il y a aussi pour des États révolutionnaires une chance de survie si, et seulement si, ils parviennent à utiliser et à approfondir les contradictions internes au camp impérialiste. Un instrument important de cette politique réside dans l’offre faite au capital étranger de faire du profit et de le valoriser dans le pays même.

Une chose doit être absolument claire à nos yeux : dans son combat contre le socialisme, l’impérialisme ne renonce à aucun crime, aucune brutalité, aucun sacrifice – dussent ces derniers se compter par millions. À l’occasion, l’impérialisme peut bien avancer « dans des chaussons de feutre », mais même sans guerre, des gens meurent aujourd’hui des conséquences des blocus ou des sanctions. Cela contraint le socialisme à des dépenses militaires, dans ses services secrets, etc. Les moyens pour cela doivent être produits et manquent pour la satisfaction des besoins. Cela force le socialisme à un examen permanent de qui est l’ami et de qui est l’ennemi. Lorsque l’on répond à cette question, il faut faire aussi peu d’erreur que possible – des deux côtés. Hélas, il est certain que nous en ferons.

8 – Rapports économiques internationaux et dépendances

Aussi longtemps que l’impérialisme aura encore de l’influence, il y aura des dépendances économiques ; aussi longtemps qu’il sera dominant, il sera souvent dans la situation de dicter ses règles.

Rappelons-nous de quelle manière le prix mondial du cuivre s’est effondré quand le Chili a nationalisé ses mines de cuivres et de quelle manière cela a mis l’économie du pays sous une pression colossale. La même chose se produit aujourd’hui avec le Venezuela – et cela bien que le Chili ne fût pas socialiste et que le Venezuela ne le soit pas aujourd’hui.

Toutefois, des tentatives d’échapper à cette dépendance par une large autarcie sont, à mon avis, également vouées à l’échec. Cela vaut sur le plan économique du fait de la nécessité de développer les forces productives et à cause de la nécessité d’utiliser les contradictions internes à l’impérialisme.

La dépendance concerne les matières premières, les denrées alimentaires, les technologies, mais cela concerne aussi, et avant tout, la régulation de l’économie mondiale. Beaucoup de choses sont aujourd’hui déterminées par le Fonds monétaire international ou par la Banque mondiale – les deux dans l’intérêt de l’impérialisme pour l’essentiel. Se retirer de ces institutions est irréaliste aujourd’hui et cela n’a pu fonctionner qu’au temps où le COMECON existait, quoique celui-ci ne fût qu’à usage interne. Malgré le quasi-équilibre sur le plan militaire, l’impérialisme avait une longueur d’avance sur le plan économique ; à cela s’ajoutait la funeste division entre les pays membres du COMECON et la République populaire de Chine. Le COMECON couvrait avec l’Union soviétique, les pays socialistes européens, le Vietnam et Cuba une part importante du monde. À l’apogée, ces échanges ont été complétés par des accords de coopération avec des pays africains, qui entraient dans une voie socialiste, mais aussi avec des pays comme le Mexique ou l’Irak. À ce moment-là, des rapports d’échange internes, libérés de l’exploitation impérialiste, néocoloniale qui représentaient quelque chose de nouveau dans le monde, avait pu commencer à se mettre en place. Hélas, tout ceci appartient désormais à l’histoire révolue.

La question de la monnaie dominante représente aussi un aspect décisif de la dépendance. Même à l’apogée du COMECON, il y avait certes avec le rouble une monnaie interne, mais à l’extérieur, les échanges se faisaient en devises – principalement avec le dollar étasunien, mais aussi, de manière très forte, avec le Deutsche Mark pour la RDA. Ces devises devaient être dégagées économiquement – une opportunité bienvenue pour l’impérialisme pour soumettre les pays socialistes à des échanges inégaux (Relative Dupingpreise) ou les contraindre à des mesures impopulaires – par exemple, les Intershops [32] en RDA.

Quand une monnaie nationale fait office de monnaie mondiale – comme c’est le cas pour le dollar étasunien aujourd’hui encore – cela entraine de manière générale un renforcement économique de cet État. C’est pourquoi les tentatives actuelles de lui opposer quelque chose représentent une position conséquente, que l’on l’observe en partie du côté des BRICS, mais aussi désormais dans le cadre de la coopération de la Fédération de Russie avec la République populaire de Chine. À cela s’ajoute le problème de la convertibilité des monnaies. Si l’on utilise sa propre monnaie dans ses relations extérieures avec l’impérialisme, on offre alors à ce dernier la possibilité de spéculer contre l’économie socialiste à travers sa monnaie. Si on ne le fait pas, on fait alors face au problème des devises.

À mes yeux, c’est un fait qu’aucun pays qui veut construire le socialisme ne peut échapper complètement à l’influence de l’impérialisme – avec la conséquence qu’au moins une coopération partielle avec des parties du camp adverse est nécessaire. C’est aussi un fait que ce champ est également un champ décisif de la lutte des classes, de la lutte des classes internationale.

De cela découle un problème supplémentaire : les entreprises socialistes doivent agir dans le cadre d’une telle coopération partielle aussi dans les pays capitalistes. Elles ne peuvent toutefois pas y construire des « îlots de socialisme », mais devront y agir plus ou moins comme leurs concurrentes capitalistes – sinon, elles ne pourront faire ce qu’elles doivent faire : obtenir des moyens pour la construction du socialisme.

9 –Il n’y aura pas de pure révolution socialiste dans le stade impérialiste : ce fait a des conséquences en termes de politique d’alliance dans le cadre de la construction du socialisme

Toutes les expériences accumulées depuis la Révolution d’Octobre indiquent que les révolutions socialistes / prolétariennes ne se présentent pas nécessairement de cette manière au début et que leur caractère socialiste / prolétarien est influencé par d’autres dynamiques. Même la Révolution d’Octobre était d’un côté une révolution prolétarienne et, de l’autre, une libération des petits paysans de leur joug semi-féodal.

Les révolutions chinoise et cubaine, de même que la victoire au Vietnam, étaient en même temps des processus de libération nationale. Les révolutions dans les démocraties populaires d’Europe ou en RDA ont débuté par le bouleversement démocratique-antifasciste et ont eu, en outre, le caractère d’une libération nationale. Ces dernières n’ont pas toutes été le résultat d’un combat des masses populaires, mais toutes ont résulté de la libération par la victoire de l’Armée rouge de l’Union soviétique qui, elle-même, était entrée dans une fragile alliance avec les puissances occidentales. Les débuts des révolutions en Angola, au Mozambique et dans les autres colonies portugaises ont été dominés par le caractère de libération nationale, par le combat anticolonial. Au Portugal, la libération antifasciste occupe la première place ; je suis réservé sur la caractérisation du Chili sous Allende. Au Chili et au Portugal, la contrerévolution a triomphé avant que le processus progressiste menant à la révolution prolétarienne ne se mette en place. Au Venezuela, beaucoup de choses indiquent que le degré atteint dans la phase de libération nationale est aujourd’hui menacé par la peur qu’ont des forces importantes d’une rupture avec le capitalisme.

Je ne souhaite pas entrer ici dans les détails de ces processus particuliers, mais avant tout attirer votre attention sur le fait que cette caractéristique des révolutions conduit à ce que la première poussée ne s’effectue en règle générale qu’à l’encontre d’une partie du capital, plus précisément seulement contre une partie du capital monopoliste.

Dans les zones d’occupation soviétiques, la poussée s’est exercée contre les criminels de guerre et les Junker, dans les démocraties populaires contre les collaborateurs avec les fascistes, dans les Républiques populaires de Chine et du Vietnam contre les collaborateurs avec l’occupant. Pour mener cette poussée, il était en règle générale non seulement nécessaire d’explorer de manière aussi large que possible les possibilités d’alliance, mais aussi de les mettre en œuvre.

Un exemple historique brillant de cette manière de faire des communistes quand ils font face à de tels défis s’observe dans l’appel du 11 juin 1945 du KPD. Dans cet appel, le KPD énonce l’objectif suivant :

Avec l’annihilation de l’hitlérisme, il convient de résoudre simultanément la question de la démocratisation de l’Allemagne, de sa transformation démocratique-bourgeoise qui a commencé en 1848, de liquider complètement les vestiges féodaux et le militarisme réactionnaire vieux-prussien avec tous ses rejetons économiques et politiques.

Nous estimons que la voie qui consisterait à imposer à l’Allemagne le système soviétique serait erronée car cette voie ne correspond pas aux conditions contemporaines du développement de l’Allemagne. Nous estimons que les intérêts décisifs du peuple allemand dans la situation actuelle prescrivent une autre voie : la voie du redressement d’un régime démocratique, antifasciste, d’une république parlementaire-démocratique garantissant au peuple tous les droits et libertés démocratiques.

Dans l’appel du KPD, des mesures sont proposées en direction d’alliés potentiels. Je veux en nommer deux :

Combat contre la faim, le chômage et l’absence de logement. Un soutien actif général aux organes d’auto-administration [33] dans leur effort pour sécuriser rapidement une vie normale et remettre la production en route. Un épanouissement complètement libre du libre commerce et de l’initiative privée des entreprises fondée sur le principe de la propriété privée.

Une proposition dirigée vers les cercles petits-bourgeois et les petites et moyennes entreprises.

Liquidation de la grande propriété terrienne, des grands domaines de Junker, des comtes et des princes et le transfert de l’ensemble du sol et de la terre, de même que le cheptel mort ou vif aux administrations provinciales ou cantonales qui procéderont à leur partage entre les paysans ruinés par la guerre et devenus sans terre. Il est évident que ces mesures ne toucheront d’aucune manière que ce soit la propriété terrienne et les possessions des gros paysans.

Une proposition dirigée vers les petits paysans et les ouvriers agricoles mais qui ouvrait un futur même aux gros paysans non-féodaux et non impliqués dans les crimes de guerre.

La seconde citation jetait déjà les bases de la réforme agraire dans la zone d’occupation soviétique. Celle-ci a engagé le pays sur une tout autre voie que celle empruntée par Union soviétique où, directement après la Révolution d’Octobre, un décret sur la terre a transformé celle-ci en propriété sociale dont les paysans avait un droit d’usage mais pas la propriété. Ce choix a eu des effets, comme nous l’avons vu ci-dessus, durant toute l’histoire de la RDA.

10 – Les effets durables des traditions historiques, culturelles et sociales

La construction du socialisme exige la rupture révolutionnaire avec les rapports de propriété et de pouvoir capitaliste et le démantèlement de la machinerie d’État militariste-bureaucratique.

Dans le même temps, la révolution socialiste et la construction du socialisme sont le dépassement et la conservation de ce qui les précède du point de vue historique, culturel et bien d’autres choses encore – les faits sociaux, culturels et historiques, les manières de penser et les habitudes continuent d’agir. Ils doivent être transformés dans la mesure du possible, mais en aucun cas ils ne peuvent être niés.

La plupart des peuples d’Asie ont été pendant des siècles les jouets d’interventions coloniales, impérialistes, de conflits entre colonisateurs et impérialistes. Leurs nations ont été divisées, dépecées, réprimées dans le sang. L’unité nationale a été synonyme, dès le féodalisme et plus encore dans le capitalisme naissant, de la libération de l’oppression coloniale et impérialiste.

J’ai été très étonné quand je me suis rendu en 1989 au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants qui s’est tenu à Pyongyang, en République populaire et démocratique de Corée, qu’on n’arrête pas de me demander ce que nous allions faire pour l’unification de l’Allemagne. Mais nous, nous ne portions guère cette perspective dans nos cœurs, ni dans le nôtre, ni dans celui des camarades de la FDJ [34] de l’époque.

Je pense qu’il se joue la même chose avec la libération de Hong Kong du joug du colonialisme britannique. Le gouvernement de la République populaire de Chine est allé très loin en gravant dans le marbre le principe « Un pays, deux système » pour 50 ans. En tant que communistes en RFA ou en RDA, nous aurions plutôt considéré le risque que cela représentait car nous avions connu le rôle joué par Berlin-Ouest comme porte dérobée de la diversion que quelques impérialistes désignaient en privé comme « une bombe atomique bon marché ».

Concernant la question des effets durables des traditions, je vous renvoie (simplement pour en souligner la complexité) aux exemples de l’influence du catholicisme dans l’ex-République populaire de Pologne ou du rôle de l’église évangélique en RDA.

11 – La situation de la lutte des classes à l’intérieur du socialisme

Les grandes lignes esquissées dans le passé restent exactes : la révolution socialiste conduit au pouvoir politique de la classe ouvrière, en règle générale alliée avec d’autres classes ou d’autres couches qui sont en contradiction avec le capital – au stade impérialiste du capitalisme : avec le capital monopoliste. Ce pouvoir est utilisé pour arracher progressivement à la classe capitaliste la source de son ancien pouvoir – les moyens de production – et pour l’empêcher de se reconstituer en classe dominante.

Visiblement, il y aura encore, pendant de longues phases, de la propriété privée des moyens de production. Beaucoup de choses indiquent qu’il y aura des phases où nous devrons même « ouvrir des portes » aux capitalistes.

S’il y a des capitalistes, il y a alors une classe capitaliste. Du degré de sa mise en forme dépend la lutte des classes. L’image que dans le socialisme, il faut sauver le tigre est très bonne. Concrètement, cela signifie que le danger de la contrerévolution n’est jamais définitivement écarté, aussi longtemps que la propriété privée des moyens de production existe, voire que persistent ses effets dans la conscience des individus et aussi longtemps que le capitalisme / impérialisme conserve un rôle significatif à l’échelle mondial.

Le capitalisme donne naissance au capitalisme. De ce fait, nous allons probablement devoir faire face pendant un temps très long à l’émergence et à la reproduction au sein de la société socialiste d’une conscience capitaliste. Contre cette tendance, la lutte des classes doit être menée d’en haut, y compris avec les moyens que nous connaissons par ailleurs, qui vont de l’intégration jusqu’à la répression légale en passant par l’influence idéologique. Je pense que les campagnes contre la corruption que nous observons actuellement dans divers pays œuvrant à la construction du socialisme font partie de ce combat.

Tout cela est extrêmement risqué. Et le risque de la contrerévolution finira par devenir réalité un jour où l’autre si ce « poison réellement existant » pénètre aussi dans le cœur, le Parti communiste. L’infection par cette maladie peut emprunter plusieurs voies : les illusions dans le capitalisme, le carriérisme, l’abandon de notre vision du monde (autant son apprentissage que son développement), pour n’en nommer que quelques-unes.

12 – Politique d’alliance internationale

Le socialisme qui se développe est obligé sur le plan international de mener une politique d’alliance. En faisant cela, il est confronté au fait que le monde n’est ni tout blanc ni tout noir. Nous avons à faire à des puissances impérialistes dirigeantes qui sont unies dans leur opposition au socialisme mais qui sont aussi en concurrence l’une avec l’autre et cette concurrence s’incarne aussi dans la manière dont elles font des affaires avec le socialisme qui se développe.

Nous avons à faire à des pays capitalistes qui jouent ou ne jouent pas dans la ligue des impérialistes dirigeants. Nous avons à faire à des pays capitalistes qui souffrent du pillage et de la domination impérialiste. En règle générale, il y a dans ces derniers des parts de la classe capitaliste nationale qui profitent plus de la situation et d’autres moins. Nous avons à faire à des pays qui sont encore fortement imprégnés par des structures féodales ou les effets de celles-ci.

Il y aura toujours l’obligation de développer une politique d’alliance qui concilie deux objectifs : premièrement, la sécurisation de la vie humaine en préservant et sécurisant la paix et les conditions de vie de l’humanité (dans la mesure où c’est encore possible). Deuxièmement, en empêchant la victoire du capitalisme / impérialisme qui pratique une agression permanente à l’encontre du socialisme. Cela exige une politique flexible et de la diplomatie et cela contient le danger que s’estompe la différence entre politique flexible et diplomatie d’un côté et, de l’autre, la cohérence nécessaire de notre vision du monde et notre idéologie.

C’était et c’est un problème pour les partis communistes quand cette différence entre la politique étrangère de l’État socialiste et l’internationalisme du Parti communiste est perdue de vue.

13 – La nécessité de préserver la paix et les conditions de vie naturelle : la coexistence pacifique comme forme de la lutte des classes

Ce problème est encore rendu plus aigu par le fait qu’aujourd’hui, la question du combat pour la paix et la préservation des conditions de vie naturelles se pose plus fortement que quand dans toutes les époques antérieures de l’histoire de l’humanité.

La coexistence pacifique entre capitalisme / impérialisme et socialisme est une condition nécessaire pour que soit possible le développement socialiste.

Mais, le capitalisme / impérialisme ne peut qu’être contraint à la paix, il ne pourra jamais se départir de son agressivité du fait de sa situation de concurrence interne et de la tendance immanente au système capitaliste même de combattre le socialisme. Les communistes ne doivent jamais oublier cela, ils ne doivent pas non plus sombrer dans le fatalisme face à l’impossibilité de le contraindre à préserver les perspectives de l’humanité.

Une dimension de ce combat réside bien sûr dans la capacité militaire à défendre le socialisme. Une autre réside cependant dans l’échange économique avec l’impérialisme. Que des pratiques d’extorsion puissent résulter de cela, nous l’avons déjà illustré. Mais il serait aussi grave que nous oublions, au cours de ce combat pour la paix, que le combat pour une coexistence pacifique est aussi une forme de lutte des classes.

Cet oubli entraîne le désarmement idéologique du Parti communiste.

Chers camarades,

Je n’ai certainement pas éclairé toutes les dimensions qui rendent la construction du socialisme complexe. Si je suis parvenu à susciter des réflexions et des discussions sur ce thème complexe, je serai déjà content.

[1Note du traducteur : Renate Koppe, responsable du secteur international du DKP. Son rapport intitulé « La voie cubaine vers le socialisme » a été prononcé lors de la 5ème session du bureau du Parti qui s’est tenue le 17 et 18 avril 2021.

[2Karl Marx & Friedrich Engels, Le Manifeste du Parti communiste, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1966, pp. 58-59.

[3Ibid., pp. 59-60.

[4Note du traducteur : Patrik Köbele emploie bien ici l’expression de « besondere Phase des Kapitalismus » et non le terme consacré de « Stadium ».

[5Lénine, L’État et la Révolution, dans Œuvres complètes, Éditions sociales, Paris, 1962, vol. 22, pp. 499-500, souligné par Lénine.

[6Ibid., pp. 503-504, souligné par Lénine.

[7Ibid., p. 504, souligné par Lénine.

[8Ibid., p. 506, souligné par Lénine.

[9Note du traducteur : la version allemande tirée des œuvres complètes de Lénine que cite Patrik Köbele le formule encore plus clairement et parle « d’une transition longue et compliquée » (« ein langwieriger and komplizierter Übergang »).

[10Lénine, La nouvelle politique économique et les tâches des services d’éducation politique, dans Œuvres complètes, Éditions sociales, Paris, 1963, vol. 33, pp. 55-56.

[11Ibid., p. 58.

[12Ibid., pp. 58-59.

[13Lénine, Sur l’infantilisme « de gauche » et les idées petites-bourgeoises, dans Œuvres complètes, Éditions sociales, Paris, 1963, vol. 27, pp. 337-370.

[14Ibid., pp. 348-349, souligné par Lénine.

[15Ibid., p. 349, souligné par Lénine.

[16Ibid., p. 350 souligné par Lénine.

[17Ibid., p. 354, souligné par Lénine.

[18Staline, « L’année du grand tournant », dans Œuvres complètes, vol. 12. Note du traducteur : n’ayant pas accès aux Œuvres complètes de Staline en format papier et celles-ci n’ayant pas été numérisées sur les archives autorisées, j’ai dû faire confiance à un obscur facsimilé présent sur un site maoïste pour obtenir la traduction « canonique ».

[19Ibid. Note du traducteur : la version française que nous avons pu consulter varie légèrement de la version allemande. La version anglaise retenue dans la traduction officielle faite par le DKP constitue une troisième variation, intermédiaire entre la version allemande et française. Là où la version française parle de « nous livrer à leur merci », la version anglaise parle de « venir à eux, chapeau bas, pour être réduit en esclavage » (« To be compelled to come to them cap in hand, for enslavement »). La version allemande citée par Patrik Köbele est encore plus précise et parle de « ramper devant eux jusqu’à notre croix et devenir leurs esclaves par la dette » (« Vor ihnen zu Kreuze zu kriechen und ihre Schuldsklaven zu werden »).

[20Note du traducteur : Walter Ulbricht (1893-1973), proche de Ernst Thälmann, dirigeant du Parti communiste allemand (KPD) à Berlin lors de la prise du pouvoir des nazis, il devient porte-parole du Conseil des ministres de la RDA en 1949, Secrétaire général du Comité central du SED en 1950 et Président du Conseil des ministres en 1955. Il occupe ces deux fonctions jusqu’en 1971. Walter Ulbricht est aussi un théoricien important du marxisme, quoique méconnu en France et dont les œuvres sont devenues introuvables en Allemagne. Il a notamment défendu la thèse que le socialisme n’est pas une forme transitoire contenant à la fois des éléments du capitalisme et du communisme mais une « forme sociale pratiquement autonome » dont le plein développement s’étale sur une période extrêmement longue. Il a aussi avancé qu’il découle de l’analyse de la structure de classes en Union soviétique et en RDA que cette dernière constituait une voie alternative vers le socialisme. Patrik Köbele reprend ces développements dans la suite du texte.

[21Walter Ulbricht, Die Bedeutung des Werkes „Das Kapital“ von Karl Marx für die Schaffung des entwickelten gesellschaftlichen Systems des Sozialismus in der DDR und den Kampf gegen das staatsmonopolistische Herrschaftssystem in Westdeutschland [La signification du Capital de Karl Marx pour la mise en place en RDA du système social développé qu’est le socialisme et pour le combat contre le système de domination du capitalisme monopoliste d’État en Allemagne de l’Ouest], Berlin, 1967. Note du traducteur : à notre connaissance, ce texte remarquable n’a hélas jamais été traduit en français (ou même en anglais) et est extrêmement difficile à trouver en allemand.

[22Note du traducteur : la traduction du terme allemand « Arbeiterklasse » pose un problème traditionnel puisqu’il peut à la fois être rendu par « la classe des travailleurs » et « la classe ouvrière » (littéralement « des ouvriers »). Marx lui-même joue souvent de la polysémie et de l’indétermination du terme en fonction des contextes. De l’utilité des concepts flous… Considérant le sens de la phrase et la distinction entre les « Arbeiter » et les « autres actifs » (« Die anderen Werktätigen »), il nous semble être ici employé dans le sens restreint « d’ouvriers ».

[23Lénine, Sur l’infantilisme « de gauche » et les idées petites-bourgeoises, éd. cit., p. 550.

[24Note du traducteur : ici encore, Patrik Köbele passe subrepticement du concept de « stade » à celui de « phase » qu’il ne semble pas distinguer radicalement.

[25Lénine, L’État et la Révolution, éd. cit., p. 504, souligné par Lénine.

[26Selon son acronyme anglais sous lequel il est plus connu en France.

[27Note du traducteur : le terme est inhabituel en français. Il l’est aussi largement en allemand, hors des cercles marxistes. Nous avons donc retenu ce terme. Dans sa traduction officielle en anglais, le DKP a choisi de rendre le terme « Ökonomische Diversion » de deux manières. Tout d’abord sous le terme de « economic wrecking » (« [l’action de susciter] le naufrage économique ») puis de « economic sabotage ». Cela laisse entendre que dans l’énumération « blackmail, economic wrecking and sabotage » (« Erpressung, ökonomische Diversion und Sabotage »), on entend par « sabotage » le sabotage technique, « sur site » si l’on peut dire, tandis que le « economic wrecking » traduit dans la suite par « sabotage » désignerait le « sabotage systémique » par la création ou l’amplification des pénuries. Nous préférons pour notre part retenir le terme de « diversion » en français pour rester proche de la version allemande et car le terme nous parait renvoyer au cœur de l’analyse que Patrik Köbele développe par la suite sur cette question : le capitalisme et son appareil idéologique ont su détourner la conscience des masses des succès du socialisme en termes de satisfaction des besoins sociaux pour la focaliser sur les « pénuries chroniques » des systèmes socialistes, qu’ils dépeignaient comme incapables de satisfaire des besoins qu’ils ont en fait largement créés ou nourris par leur propagande. D’où le terme de « diversion ».

[28Note du traducteur : la noblesse terrienne prussienne constituant l’armature administrative et surtout militaire de l’État, ils possédaient généralement des domaines immenses.

[29Lénine, « La grande initiative », dans Œuvres Complètes, 1962, vol. 29, pp. 413-438.

[30Lénine, « La nouvelle politique économique et les tâches des services d’éducation politique », éd. cit., pp. 58-59.

[31Note du traducteur : plus connu en français sous son abréviation allemande « Stasi ».

[32Note du traducteur : les Intershops, créés en 1962, constituaient une chaine de magasins en RDA où les achats ne pouvaient être réglés qu’en devises. Bien achalandés en produits de qualité, souvent indisponibles pour la majorité de la population, ces magasins étaient un sujet de mécontentement assez général.

[33Note du traducteur : ces organes d’auto-administration (Selbstverwaltungsorgane) correspondent principalement aux caisses de Sécurité sociale, aux collectivités territoriales (municipales et cantonales), aux radios et chaines de télévision publiques, aux chambres professionnelles et à certaines associations d’intérêt général. Toutes ces institutions sont légitimées par des élections et légifèrent librement dans leurs domaines de compétence dont l’État fédéral et les États fédérés sont largement exclus. Les organisations syndicales et patronales sont souvent assimilées à ces organes d’auto-administrations car elles disposent du droit d’auto-administration dans le domaine du droit du travail par la signature de conventions collectives.

[34La Freie Deutsche Jugend (Jeunesse allemande libre), l’organisation de masse de jeunesse en RDA.

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