L’impérialisme, l’analyser pour mieux le combattre

par Francis Arzalier de l’ANC

le mardi 1er février par ,

Brochure militante publiée par l’ANC (Association Nationale des Communistes)

Ces mots, Impérialisme et Capitalisme ne sont pas des jugements péjoratifs, comme le croient certains "communicants", mais des réalités bien concrètes de nos sociétés, et notamment de la société française de 2020. Il faut donc consacrer un instant à les définir.

Capitalisme : un système économique et social au sein duquel les moyens de production et d’échange (terres et bâtiments, usines, machines, et capitaux qui en sont l’expression financière) appartiennent à une minorité d’individus, parfois regroupés en sociétés privées financières. La majorité de la population, qui ne les possède pas (classe ouvrière, prolétariat) doit louer sa force de travail (manuelle et intellectuelle), ses capacités de production de richesses (matérielles et intellectuelles) contre un salaire.
Tous les pays qui ont au XIXème siècle effectué avant les autres leur "révolution industrielle " (Europe Occidentale, États Unis) l’ont accomplie dans le cadre de l’économie capitaliste. Et ils ont pu profiter de leur avance industrielle (et militaire) pour déployer leurs impérialismes dans les autres continents.

Impérialisme : le vocable "les impérialistes" a été utilisé en France tout au long du XIXème siècle pour qualifier les partisans du régime impérial de la dynastie des Bonaparte, l’Empereur Napoléon Ier (1800-1815) et l’Empereur Napoléon III (1851-1870). Il est vrai que les deux furent volontiers bellicistes, le premier en conquêtes et pillage de l’Europe, et le second en volontés maladroites de conquêtes, souvent terminées en désastres (Mexique, Italie, Allemagne).

Au XXème siècle, par extension, le terme désigna les dirigeants d’États industrialisés désireux d’accroitre, par la diplomatie ou la guerre, leurs zones d’influence, en soumettant des peuples à leurs volontés commerciales ou coloniales. Les Impérialismes des grandes puissances industrialisées devinrent virulents au début du XXème siècle, notamment par les conquêtes coloniales (France et Royaume-Uni contre Allemagne en Afrique et ailleurs), et pour les zones d’influence économique dans les Balkans et au Moyen-Orient (Allemagne et Autriche-Hongrie contre Russie et Empire Turc-Ottoman).

Ces tensions entre Impérialismes ont entraîné la Première Guerre Mondiale en 1914.
Un siècle après, l’impérialisme est toujours un facteur majeur des relations internationales, alimenté qu’il est par le capitalisme. Il se traduit par l’inégalité entre les nations, la domination exercée par des pouvoirs extérieurs sur des peuples.
Il prend des formes diverses :

  • économiques (la société française Areva exploite au Niger le minerai d’uranium nécessaire aux centrales nucléaires de France, alors que la majorité des citoyens nigériens n’ont pas l’électricité),
  • monétaires (le franc CFA des pays d’Afrique est contrôlé par la banque de l’union européenne),
  • politiques et diplomatiques (les traités imposés par la France depuis 1960 à ses anciennes colonies d’Afrique lui donnent les moyens de contrôler leurs décisions.
  • et forme la plus grave, militaires (occupation de l’Irak par les USA, puis invasion de la Lybie par la France, etc…)

A contrario, le socialisme que les Socialistes Russes (Bolcheviks) voulaient pour leur pays à la place du Capitalisme en 1917 sera structuré par la propriété collective des moyens de production, pour stopper l’exploitation des salariés par les Capitalistes, possesseurs du Capital.

L’impérialisme contemporain et ceux qui le combattent : un siècle d’histoire !

L’idéal communiste incarné en un Parti est né en France il y a 100 ans, quand, au Congrès de Tours, la majorité des délégués ont rompu avec le vieux parti Socialiste, discrédité par sa collusion jusqu’au sein du Gouvernement avec les politiciens qui avaient lancé les peuples d’Europe et d’ailleurs dans le Premier Grand Massacre Mondial, de 1914 à 1918. La fondation du PCF prolongeait la formation en 1917 de l’ARAC par Henri Barbusse et ses camarades qui lancèrent le slogan de « guerre à la guerre ! », premier signe de ralliement des socialistes qui allaient par étapes passer au communisme et à l’adhésion à la 3e Internationale.

Tous les historiens savent bien que la fondation du PCF fut d’abord pour les militants français de 1920 une rupture indignée avec ceux qui avaient pactisé avec les criminels impérialistes, les responsables des boucheries de Verdun et de l’Aisne.
Il est donc bien normal que la petite cohorte de Communistes fiers de n’avoir pas trahi leur idéal originel un siècle après, de n’avoir pas cédé aux mirages du pouvoir ministériel, à l’opportunisme conciliateur et à l’électoralisme, que ces fidèles soient fermement antiimpérialistes, attachés à dénoncer et combattre ses méfaits en Afrique, au Moyen-Orient, en Europe, partout où il sème les guerres et l’inégalité entre les peuples et les hommes, du Sahel en Syrie, de Libye au Caucase. Nous le faisons souvent en reprenant d’anciennes formules qui conservent toute leur valeur, la condamnation des ingérences de toute nature, économiques (le pillage des richesses), politiques et diplomatiques, et, bien sûr, militaires.

Mais cela n’exclut pas les débats entre nous, car il est évident qu’en cent ans, si l’Impérialisme n’a pas varié de nature, s’il est toujours un mode de domination et d’exploitation d’un peuple par un Pouvoir qui lui est extérieur, il a profondément changé de forme, de discours, et même de méthodes. En particulier parce que, au dessus des autres impérialismes qui se sont mutuellement affaiblis au cours des deux guerres mondiales, s’est développé le seul vrai gagnant impérialiste des deux guerres mondiales, les USA qui ont "unifié" le monde impérialiste sous leur hégémonie, d’où le caractère de plus en plus relatif de l’autonomie des impérialistes associés au superimpérialisme US.

Il serait absurde de donner à toutes ces questions des réponses en forme de dogmes, nourries de citations de Lénine il y a plus d’un siècle, ou de Thorez il y a 60 ans, qui furent certainement justes en ce temps-là et peuvent ne plus l’être du tout face aux mutations qui ont suivi. Néanmoins, sans nous en tenir à des réponses exclusives qui se prétendraient celles du Marxisme pur et sans tâche, nous devons formuler quelques-unes de ces interrogations sur la structure et le fonctionnement des Impérialismes aujourd’hui.

Et d’abord en analysant les mutations de l’impérialisme depuis un siècle.

Les visages successifs de l’impérialisme du XXème au XXIème siècle

1/ Au départ, il faut relire le verdict sans appel fait par Lénine dans son ouvrage d’avril 1917, au coeur même de la Première Guerre Mondiale, "l’Impérialisme, stade suprême du Capitalisme". Ce texte de combat, repris en Russie par les Bolcheviks, et par la Troisième Internationale issue de la Révolution Russe et de sa rupture avec la guerre, peut se résumer à quelques constats :
L’impérialisme, système visant à dominer un peuple et à exploiter ses ressources humaines et naturelles, est la conséquence logique du Capitalisme des grandes puissances industrialisées de l’époque.
Les États capitalistes d’Europe (France, Royaume-Uni, Allemagne, etc.) et d’Amérique (USA) assurent leur domination sur tous les continents par la conquête militaire, la diplomatie, les pressions économiques et commerciales, avec pour objectif d’en exploiter (« mettre en valeur à leur profit ») les ressources, minérales, énergétiques (pétrole), agricoles (coton), au profit de leurs industries et de leur commerce.

A cette date, la forme essentielle de domination impérialiste est la colonisation : le Royaume Uni, la France, le Portugal, la Belgique, les Pays bas, ont d’immenses Empires coloniaux qu’ils gèrent directement depuis leur capitale. Mais d’autres États exercent déjà leur domination de façon indirecte, les USA en Amérique latine par exemple. Dans les deux cas, l’impérialisme se pratique à l’époque de Lénine par l’exportation de capitaux, permettant la "mise en valeur" des pays soumis (voies ferrées, ports, mines) au profit exclusif de la "métropole" impérialiste.

La concurrence pour les colonies (en Afrique, Asie) et les zones d’influence (Moyen Orient), entre puissances impérialistes a entraîné la Guerre mondiale entre Allemagne et Autriche d’un côté, contre Royaume-Uni et France de l’autre, avec leurs alliés respectifs.

2/ Les rapports de force entre les nations ont beaucoup évolué depuis 1945. A cette date, la défaite militaire des Puissances de l’Axe Nazi-Fasciste par la coalition "alliée" composée à la fois de l’URSS, des Résistances et de l’Impérialisme Étatsunien, avaient permis la naissance d’un rapport de forces favorable temporairement aux luttes populaires (réformes sociales et politiques en Europe orientale et occidentale, Révolution Socialiste en Chine, Vietnam, et Corée, Indépendances des peuples coloniaux et "Tiers-Mondisme").

Parallèlement, l’Impérialisme Étatsunien, sorti vainqueur de la IIème guerre mondiale, ne pouvait malgré ses efforts régir le monde entier, grâce au contrepoids exercé par le "Camp Socialiste", arc-bouté sur la puissance soviétique. Les journalistes et politiciens nommèrent cette période d’environ un demi-siècle la "guerre froide", même si elle fut parsemée de guerres sanglantes, de Corée en Vietnam, d’Amérique Latine en Afrique. Mais l’existence même de l’URSS et ses alliés les faisaient généralement se conclure en compromis entre les deux "blocs" (ainsi le partage de la Corée en deux États antagonistes).

3/ Les années 1980-90 ont amené la fin de cet équilibre précaire, avec la disparition de l’URSS et du "Camp Socialiste" européen. Les régimes politiques d’inspiration communiste ne subsistent avec difficulté à la fin du XXème siècle qu’en Asie (Chine, Corée du Nord, Vietnam), et à Cuba. Et les partis communistes et progressistes subissent une crise profonde, tant à cause du discrédit du "Socialisme réel" que du fait des mutations du Capitalisme, déstructurant les classes ouvrières en exportant capitaux et emplois vers les pays à bas salaires (délocalisations).

Tant et si bien que les Idéologues de l’Impérialisme occidental et son leader Étatsunien annoncent triomphalement la « fin de l’Histoire » et la victoire universelle des lois du Capitalisme au XXIème siècle.

4/ Mais les premières décennies du deuxième Millénaire ont remis en cause cette hégémonie affirmée de l’Impérialisme occidental. Et d’abord par la croissance économique fulgurante de la Chine, sortie de sa léthargie historique et de sa soumission aux impérialismes extérieurs (des USA, de l’Europe et du Japon) grâce à la Révolution communiste.
Forte de son milliard et demi d’habitants, de son économie étatisée en grande partie, elle a su durant 30 ans utiliser les investissements étrangers pour parfaire son appareil productif et atteindre un rythme annuel de croissance industrielle largement supérieur à celui des pays occidentaux. Le résultat est impressionnant, tel que décrit par les analystes scientifiques de l’IRIS (France) ou du Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique (USA) : selon l’IRIS, de 1990 à 2014, les investissements directs étrangers en Chine étaient plus importants que les investissements chinois vers l’étranger.

Mais cette phase "d’ouverture" au marché mondial permet à la RPC de devenir la grande exportatrice de produits de consommation, et d’accumuler bénéfices et technologies. À partir de 2015, la courbe des IDE entrants stationne vers 120 milliards de dollars, et celle des IDE sortants grimpe presque à la verticale, jusqu’à 180 milliards de dollars en 2016. Et cette inversion s’accroîtra encore en 2019, la Chine s’étant relevée beaucoup plus vite de la crise consécutive au Covid que ses concurrents capitalistes, USA et Europe occidentale.
Le grand projet d’investissements chinois dénommé BRI (Belt and Road Initiative) qui concerne 65 pays d’Asie, Europe et Afrique, pour 8 trillions de dollars de projets « est le plus grand projet d’investissement depuis le Plan Marshall » selon l’IRIS.

Le rapprochement n’est pas innocent avec l’instrument économique majeur de l’Impérialisme US dans le monde d’après-guerre. Sauf que les protagonistes sont aujourd’hui inverses, en Asie, Amérique latine, Europe et Afrique, les Impérialismes occidentaux sont sur la défensive devant l’offensive chinoise. Et ce ne sont pas les rodomontades de Trump sur la "guerre commerciale" avec la Chine qui y changeront quoi que ce soit. D’ailleurs, le slogan électoral trumpien « Make America first again » est révélateur de cette hégémonie perdue.

Il n’est évidemment pas anodin que ce nouveau "poids lourd" qui remet toujours plus en cause la domination de l’Impérialisme US et son cortège d’alliés occidentaux soit animé par un pouvoir d’obédience communiste, même si le Socialisme chinois est très spécifique, très pragmatique vis à vis du Capitalisme mondialisé, et parfois teinté d’un certain nationalisme, vis à vis des autres pays socialistes asiatiques notamment, Corée du Nord et Vietnam.

Il ne s’agit certes pas d’un nouveau "camp Socialiste" à l’image de celui des années 1950, mais d’une situation nouvelle. La question qui se pose aujourd’hui lorsqu’on analyse l‘état des relations internationales est de se poser la question en termes de classes, au sein des confrontations "bourgeoisie/prolétariat" : où se placent, pays par pays, les bourgeoisies impérialistes, les bourgeoisies "compradores" qui les servent, et les bourgeoisies nationales qui leur résistent, par rapport aux forces populaires, petitebourgeoises et prolétariennes ?

5/ Ces nouveaux rapports de forces géopolitiques ne se limitent pas d’ailleurs à l’antagonisme entre les 4 cinq pays qui s’affirment d’économie socialiste (Chine, Vietnam, Corée du Nord, Laos et Cuba) et l’impérialisme des Puissances capitalistes occidentales.
Dans un monde reconverti aux règles du Marché capitaliste, le nouveau siècle a vu éclore dans chaque continent des impérialismes mineurs, portés par des États qu’on dit parfois "émergents", faute de qualificatifs plus appropriés. Un ensemble hétéroclite, qui réunit la Russie capitaliste et plus ou moins nationaliste (où se déroule au sommet une lutte entre bourgeoisie compradore et bourgeoisie nationale, sous la pression plus ou moins consistante des masses populaires entretenant une nostalgie plus ou moins militante de la période soviétique), rêvant de s’approprier le prestige du passé soviétique, malgré l’Impérialisme des USA et de l’OTAN.

Cela peut la conduire à jouer un rôle positif, en Syrie par exemple, où elle a empêché la destruction de l’État national menacé par l’impérialisme occidental et ses supplétifs islamistes-takfiristes-djihadistes (encore que ces termes puissent recouvrir des réalités diverses d’un pays à l’autre). Mais avec des motivations de conquête de zones d’influence plus que de solidarité anti-impérialiste.

Le Moyen Orient, avec ses richesses énergétiques, fourmille de ces Impérialismes mineurs, tantôt alliés de l’Occident affaibli, tantôt prédateurs et agressifs pour leur compte : c’est le cas de la Turquie d’Erdogan, à la fois pilier de l’OTAN et expansionniste en Syrie et en Mer Égée ; de l’État d’Israël, colonisateur et menace contre les peuples de la région au service des USA ; des Monarchies pétrolières du Golfe Arabo-persique, tout aussi prédatrices contre les mouvements de Libération, etc…

Un bel exemple récent des dimensions néfastes de ces "Impérialismes mineurs" a été révélé par le rapprochement diplomatique en décembre 2020 sous l’égide des USA de Trump en fin de mandat, des dirigeants colonialistes d’Israël, du Maroc et des Émirats sponsors des mouvements djihadistes. Un deal amoral au détriment des peuples palestinien et Saharaoui occupés, malgré toutes les décisions antérieures de l’ONU ; et au profit de la politique de l’Impérialisme US contre les bourgeoisies nationales de l’Iran et de la Syrie au Moyen-Orient.

Certains de ces "Impérialismes mineurs" émanent d’États anciennement colonisés, comme l’Inde, ou la Colombie. Ils sont résolument, dans l’orbite occidentale et capitaliste, mais n’en constituent pas moins une menace pour les peuples voisins. En fait, l’ensemble du monde capitaliste actuel, agité de soubresauts nationalistes et mouvant, génère une constante instabilité, et des risques de guerre.
On est à l’exact opposé du monde sans conflits annoncé par les chantres du Capital après la disparition de l’URSS.

Pour un anti-Impérialisme lucide et éviter les erreurs

Toute lutte, pour être efficace, exige d’être réfléchie, et bien orientée. La vérité est une, même si elle est parfois difficile à discerner, et les erreurs dommageables nombreuses.
Face au chaos complexe du monde actuel, certains militants anti-impérialistes sincères se laissent aller par impatience à des affirmations péremptoires, volontaristes, mais dangereusement réductrices, ou inexactes. Relevons-en quelques-unes, parmi les plus fréquentes.

1/
L’impérialisme actuel est en crise et en déclin, donc la situation est devenue plus favorable aux luttes populaires .
Une fausse évidence, particulièrement démobilisatrice, car nourrie d’omissions importantes quant à la situation réelle du monde d’aujourd’hui.

D’abord parce qu’un fauve blessé est encore plus hargneux que bien portant, et parfois jusqu’à l’irrationnel. C’est caractéristique du personnage qui a incarné l’Impérialisme étatsunien durant quelques années, Trump, même si ses successeurs démocrates seront, à la Maison Blanche, tout aussi dangereux pour la paix.

Ensuite, et surtout, parce que le formidable dispositif militaire étatsunien, mis en place durant la "guerre froide" contre l’URSS et "l’expansion du communisme", existe toujours de par le monde. La force et les moyens matériels du complexe militaro-pharmaco-industriel US a même augmenté proportionnellement aux autres secteurs de l’économie US et par rapport aux autres États. Les délocalisations aux USA et ailleurs ont provoqué le renforcement proportionnel des industries militaires qui, elles, sont restées dans le pays.

Les dépenses militaires des USA ont dépassé en 2019 les 700 milliards de dollars, soit près de 40 pour cent du total mondial. Cela leur permet d’entretenir un dispositif de surveillance et de possibles attaques nucléaires sur les divers océans (porte-avions) et continents.

Plus de 800 bases militaires US à l’étranger, soit 90 % du total mondial (Russie, Royaume-Uni, France en ont entre 10 et 20 chacun, et la Chine une !). Les bases US (personnel et/ou équipements militaires) sont présentes en 80 pays, en 181 lieux en Allemagne,122 au Japon, 83 en Corée du Sud, 50 en Italie) !
Ce qui n’empêche pas nos médias alignés sur l’impérialisme occidental de pérorer régulièrement sur les menaces guerrières chinoises, ou nord coréennes !

Mais aussi pour une autre raison, beaucoup plus évidente, l’affaiblissement drastique des mouvements révolutionnaires et pacifistes dans le monde entier depuis 1990.

Une conséquence d’abord de l’implosion de l’URSS et du "Camp Socialiste", après une longue crise interne, et surtout parce que les classes ouvrières des pays concernés, supposées être au pouvoir grâce au "socialisme réel", ne se sont guère manifestées pour le défendre. Et dans les pays occidentaux capitalistes comme la France, le phénomène s’est combiné avec la déstabilisation des concentrations ouvrières, terreau du mouvement révolutionnaire depuis le XIXème siècle, par les délocalisations industrielles décidées par les Capitalistes en quête de profits plus élevés.

En France, en Italie, en Espagne, cela s’est traduit par la déliquescence progressive des Partis Communistes, englués dans l’électoralisme, le carriérisme et l’abandon des principes fondateurs, et, bien sûr, leur discrédit toujours plus grand parmi les travailleurs. Une même évolution opportuniste a entraîné le même discrédit des organisations revendicatives (syndicats) et anti-impérialistes (Mouvement de la Paix, etc…).
La France qui avait vécu après la Deuxième Guerre Mondiale d’énormes manifestations contre les guerres coloniales (en Indochine, puis Algérie), et contre l’arme nucléaire et l’impérialisme US, les verra s’amenuiser puis quasiment disparaître dès la fin du XXème siècle.

Cette dérive suicidaire a eu lieu parallèlement dans les autres contrées. Ainsi en Afrique, la déliquescence progressive des partis "progressistes" inspirés du marxisme de l’ère des Indépendances leur a enlevé toute influence importante sur les mouvements populaires (même s’ils semblent parfois renaître par le biais d’organisations nouvelles, au Mali par exemple). C’est ainsi qu’on a vu, après 2010 exploser un peu partout des soulèvements populaires "informels", sans objectifs autres que le "dégagisme", et de ce fait, voués à l’échec ("révolutions" arabes, Hirak algérien, soudanais, etc.).

2/
L’impérialisme se définissant selon Lénine par l’exportation de capitaux, la Chine devient donc le premier impérialisme mondial .
Autre affirmation courante y compris en nos rangs !

Il est vrai, nous l’avons dit plus haut, que la Chine en 2019 a financé plus de projets à l’étranger que les puissances occidentales. Et la crise économique consécutive à la pandémie de 2020 va encore accroitre ce déséquilibre. Certes, au début du XXème siècle, dans un monde ou les pays industrialisés étaient tous caractérisés par un Capitalisme de plus en plus financier, l’exportation de capitaux vers les "chasses gardées", colonies ou semi-colonies, était pour les capitalistes le moyen d’en drainer les ressources, en y créant mines, plantations et ports.

Mais cela ne signifie pas que tout investissement fait par un pays vers un autre soit un acte impérialiste, symbole de domination et de pillage des ressources. Durant des décennies, après 1948, l’URSS a expédié vers la Chine, le Vietnam, Cuba, les moyens militaires et civils de protéger leur révolution Socialiste et ses objectifs contre l’Impérialisme US, son blocus économique et ses attaques. Cela au nom de la solidarité anti-impérialiste. Personne ne peut le nier, même si la mise en oeuvre fut parfois entachée de maladresses paternalistes.

Après les Indépendances africaines de 1960, l’URSS et d’autres pays socialistes industrialisés comme la RDA aidèrent des gouvernements progressistes à entamer une industrialisation nationale, au Mali de Modibo Keïta, au Congo-Brazza du PCT par exemple, avec le même esprit de solidarité internationale. Et si ces "expériences socialistes africaines" furent éphémères, c’est surtout parce que l’Impérialisme parvint rapidement à les briser par la subversion et la corruption. Présenter ces investissements internationalistes comme un Impérialisme prédateur serait une falsification de l’Histoire.

Les investissements chinois en Afrique se présentent de façon plus neutre, même s’il faut faire la différence entre investissements chinois privés et publics, puisque leur volonté affichée est la "noningérence, politique absolue vis à vis des gouvernements africains. Ce qui se traduit par l’absence de forces armées chinoises à l’étranger (à l’exception d’une force minime à Djibouti, pour protéger les navires chinois contre la piraterie dans la Mer Rouge et assurer l’approvisionnement énergétique de la Chine. Les Chinois se présentent en partenaires économiques, ne cachent pas avoir besoin des ressources minérales et énergétiques du sous-sol africain, et proposent en contrepartie la mise en route d’usines et d’infrastructures de transport, dans le cadre d’accords de troc plus que monétaires.

Le bon millier d’entreprises chinoises implantées en Afrique, a déjà généré plus de 50 milliards de dollars de revenus en 2017. Et surtout la Chine est responsable en 2020 de plus de projets de construction en Afrique que France, Italie et USA réunis (source Paul Natulya, CESA citée).

Mais ces projets sont officiellement profitables aux deux partenaires : des minerais rares de l’est de la RDC que ce pays serait bien en peine d’extraire lui même du sous-sol serviront aux usines chinoises qui en ont besoin, en échange de quoi la Chine construit des infrastructures, permettant l’industrialisation, tout au moins en théorie.

En fait, l’arrivée sur le marché des offres chinoises plus attractives, et moins contraignantes politiquement et diplomatiquement, permet d’ores et déjà à nombre d’États africains loin d’être révolutionnaires (comme Gabon ou Angola) d’obtenir de meilleurs contrats de leurs investisseurs, y compris occidentaux, puisqu’ils n’ont pas chez eux les capitaux (publics ou privés) nécessaires à tout développement industriel et agricole autonome. À condition d’éviter que les Occidentaux ne ripostent à l’offre chinoise en suscitant une insurrection, un coup d’État, ou une guerre.
Nombre d’obscurs événements africains, dramatiques pour les populations, ne sont compréhensibles qu’ainsi, et organisés clandestinement par les services secrets des Puissances occidentales.

3/
Le rôle croissant de la chine socialiste est toujours un facteur de progrès pour les peuples qu’elle aide économiquement .
L’affirmation sans nuances ci-dessus est tout aussi discutable !

Cet aphorisme schématique contredit le sentiment de nombreuses populations concernées, notamment en Afrique, mais pas seulement. Car tous les cas de figure y sont présents, du meilleur au pire.

Il est évident que les pays africains (et les autres) ont tout à fait le droit de négocier des contrats avec la Chine ou qui que ce soit, pour tenter d’échapper aux diktats de l’Impérialisme occidental, d’autant que c’est leur seul moyen dans le monde actuel de développer leur industrie et leur agriculture jusqu’à l’indépendance économique véritable. Et, en tant que militants anti-impérialistes, nous avons le devoir de nous opposer aux pressions exercées sur eux pour le leur interdire, notamment aux pressions Françaises (militaires et économiques) sur les États africains.

Quand des entreprises chinoises construisent en Éthiopie ou en Ouganda des entreprises textiles, qui emploient une main d’oeuvre locale et fournissent les tissus nécessaires à la population, c’est très bien.
Cela l’est moins si ces usines ne produisent que des tissus bon marché grâce aux bas salaires locaux, exportés ensuite en Asie. Quand la Chine qui manque de terres cultivables pour son énorme population, achète à son profit des terres arables à Madagascar ou ailleurs, spoliées aux communautés rurales, grâce à la complaisance de politiciens locaux corrompus, il est juste que les luttes paysannes s’organisent contre ces vols, qui ressemblent trop aux exactions coloniales d’autrefois.
Même chose avec les droits de pêche en Afrique négociés par des Chinois au dépend des pêcheurs locaux.

Pour la mi-novembre 2020, les dirigeants chinois pouvaient se féliciter d’un grand succès diplomatique, qui démontre indéniablement un bouleversement du rapport de forces mondial en leur faveur : les accords signés à Hanoi sous le vocable RCEP réunissent 14 pays, dont les plus peuplés et les plus forts économiquement de l’Asie et du Pacifique (à l’exception de l’Inde) : le Vietnam qui se réclame du socialisme, la Nouvelle-Zélande dirigée par des sociaux-démocrates, le Japon et l’Australie, puissances capitalistes dirigées par des partis de Droite, réunis avec la Chine pour former le plus grand espace mondial de libre-échange, regroupant le tiers de la population de la Terre, et 40 % de son PIB !

Le contraire exactement de l’objectif de "guerre commerciale" du Président des USA Trump, qui voulait isoler l’Asie-Pacifique du continent chinois ! En fait, la pression du dynamisme asiatique, pas seulement chinois, face à la stagnation occidentale pousse des pays conservateurs comme l’Australie ou la Japon à se rapprocher de la Chine par souci d’efficacité à l’encontre des liens sécuritaires et idéologiques des élites de ces mêmes pays avec les USA.

Mais en même temps, ce traité est une victoire du libre-échange, donc de l’extension des règles-credo du "libre marché" capitaliste au tiers des habitants du globe, avec l’aval du Parti Communiste Chinois. Avec les conséquences économiques et sociales que cela ne peut manquer d’engendrer pour les partenaires les plus fragiles : invasion-dumping de produits importés, ruine de productions locales et chômage, au détriment de la souveraineté nationale et du niveau de vie de certains travailleurs.

"Communistes", revue du "Parti Révolutionnaire Communiste", un des groupes marxistes français, a publié le 13/11/2020, l’interview d’Imdad Qasi, Secrétaire Général du Parti Communiste du Pakistan (Il y en a plusieurs...). Il y explique comment la caste militaroréactionnaire qui dirige son pays, après avoir longtemps servi de supplétif à l’Impérialisme Étatsunien, table aujourd’hui sur le poids grandissant de la Chine, ce qui selon lui ne favorise pas une réelle indépendance du peuple pakistanais.
Ses constats sont brutaux : « Le résultat de ces nouvelles relations avec la Chine, c’est que la Chine a maintenant la maîtrise de l’économie pakistanaise. Des mines stratégiques ont été octroyées aux Chinois, qui ont engrangé des millions de dollars. En retour, l’élite militaire a obtenu des rentrées fiscales, mais rien n’a été fait pour les biens publics et la protection sociale. L’industrie manufacturière pakistanaise a été abandonnée, et la Chine s’est approprié le marché des biens de consommation. Maintenant c’est au tour de l’industrie automobile d’être contrôlée par la Chine ».

Cet interview provient d’un tout petit groupuscule pakistanais peu représentatif (cela étant la gauche pakistanaise est faible dans son ensemble), alors que le nouveau premier ministre Imran Khan mène une politique très sociale que certains voient évoluer vers un socialisme très respectueux à l’égard du modèle chinois. On doit se poser la question : pourquoi la bourgeoisie nationale pakistanaise a choisi de rompre avec les USA malgré les liens anciens ? Même si l’on ne peut, comme le fait ce texte, dénoncer les USA et la Chine comme deux impérialismes qui se valent, on ne peut refuser d’entendre ce témoignage d’un communiste pakistanais, même s’il est peu représentatif.

En fait, la qualité des contrats entre pays africains ou asiatiques et entreprises chinoises, publiques ou privées, est très variable en fonction de la situation du pays concerné, et surtout de la capacité de ses dirigeants à négocier au profit des besoins de leur peuple. La Chine, nous l’avons dit, ne met pas de conditions politiques ou diplomatiques à ses contacts, a l’inverse des Occidentaux. Mais les négociateurs chinois (qui ne négocient pas de la même façon si ce sont des privés ou des publics) sont de redoutables partenaires, désireux d’arracher les clauses les plus profitables aux intérêts de leur pays où de leur entreprise.
Si leurs interlocuteurs sont incompétents, ou prêts à se laisser corrompre, ils n’hésiteront pas à en profiter. Beaucoup de Nations africaines étant faibles économiquement, et surtout aux mains d’un État déliquescent, rongé par la corruption, ne sont guère en capacité d’imposer une négociation "gagnantgagnant". D’autant que les forces progressistes, influentes après les Indépendances, en Afrique ou en Asie, y ont souvent perdu vitalité révolutionnaire et influence ces dernières décennies.

Le problème ne se pose d’ailleurs pas que vis à vis de l’Afrique. Les investissements chinois ne sont jamais néfastes en eux mêmes. Mais quand les gouvernants libéraux de France ou de Grèce, toujours en quête de privatisations, acceptent que des entreprises aussi essentielles à l’économie nationale qu’un grand aéroport ou le Port du Pirée deviennent propriété d’une société chinoise, leur choix doit être combattu pour ce qu’il est, la négation de toute volonté d’indépendance nationale.

Ceci dit, ne nous y trompons pas, en prenant pour argent comptant les complaintes antichinoises d’une certaine presse ! Elle n’a vu aucun inconvénient à la mainmise de l’essentiel des entreprises françaises de l’acier ou de l’automobile par des multinationales, dont les décideurs règlent le sort de "leurs" ouvriers depuis les USA ou le Japon. La France l’a payé et le paiera encore de la destruction de centaines de milliers d’emplois.

4 /
Une puissance impérialiste ne peut être que néfaste. Ainsi, puisqu’on reconnaît à la Russie de Poutine un rôle positif en Syrie par exemple, elle n’est donc pas impérialiste, mais peut être classée dans "le camp de la paix" opposé à l’impérialisme.
Cet autre schématisme réducteur nous est parfois lancé à propos de la Russie, et mérite d’être dénoncé, car il crée une confusion dommageable à notre lutte pour la paix.

Il est exact que la Russie a militairement contribué à rendre irréalisable le projet occidental de destruction de l’État national syrien, organisé avec l’aide de la subversion islamiste, un objectif réalisé déjà en Libye par les bombardiers français, et en Irak par l’armée US. Et c’est bien une des raisons de la haine antirusse qui anime les gouvernements occidentaux, et les médias à leur service, notamment en France, qui ne se privent pas de présenter Poutine en dictateur, alors que son audience électorale est bien plus confortable que celle des Macroniens.

Ceci étant, la Russie, dont la majorité des citoyens lui sont reconnaissants d’avoir restauré l’autorité de l’État contre les profiteurs-escrocs (les "Oligarques") autorisés par Gorbatchev et parrainés par Eltsine, cette Russie qui voudrait bien retrouver le prestige international de l’URSS défunte, cette Russie est un pays capitaliste, et nationaliste, porteuse d’ambitions impérialistes inassouvies, rêvant de zones d’influence économiques et politiques, et de tailler des croupières à ses concurrents.

Ces ambitions ne sont pas absentes de l’Afrique ou les investissements russes font un timide retour, ni du Moyen-Orient et du Caucase. Il y aurait plus de 100.000 "entrepreneurs de sécurité" russes dans le monde, selon le CESA Étatsunien, déjà cité, dont de nombreux mercenaires au service des objectifs de l’État russe, dans l’imbroglio libyen par exemple. Et la diplomatie russe en Syrie est souvent ambiguë, prête à négocier avec la Turquie d’Erdogan par-dessus les choix de la Nation syrienne.

Là encore il faut poser la question des contradictions entre bourgeoisies compradores liées à leur impérialisme en Russie et bourgeoisie nationale. Par ailleurs, la Russie n’a pas les moyens d’être une puissance économique complète, car il lui manque de nombreux secteurs économiques ; elle a donc besoin de la Chine qui, elle, est une puissance complète, donc la Russie ne mène sa politique étrangère qu’en consultation avec la Chine, faute d’avoir été acceptée dans les "salons occidentaux" après 1991, ce qui était le but initial des élites russes.

Comment s’étonner de ces contradictions en lisant les enseignements de l’histoire du XXème siècle ?

En 1944 et 45, les États-Unis ne manquaient pas de visées impérialistes pour l’après-guerre en débarquant en Normandie. Ils participaient néanmoins en le faisant de façon décisive à la Libération des peuples européens du joug nazi, avec l’URSS et les Résistances populaires antinazies, contre le danger principal alors, l’Impérialisme allemand et ses alliés fascistes. Rien de nouveau, donc. Nous devons analyser les contradictions interimpérialistes de façon dialectique.

5/
En 2020, capitalisme mondialisé et impérialisme sont opposés à l’existence même des états.
Cet autre aphorisme réducteur sur l’Impérialisme mérite lui aussi d’être nuancé !

Il est vrai que le capitalisme s’est profondément transformé depuis trente ans, qu’il est structuré aujourd’hui par quelques milliers de grandes sociétés financières transnationales, souvent plus puissantes que la plupart des États nationaux. Leurs capitaux proviennent de divers pays, les patrons et sièges sociaux peuvent être de nationalités diverses et les entreprises éparpillées en diverses nations, notamment celles où le taux de profit espéré est le plus élevé.
Il est exact que ces sociétés capitalistes transnationales, Total, Amazon, Google ou Uber, se jouent des législations nationales, échappent à la fiscalité, notamment grâce à des paradis fiscaux, avec la complicité des États capitalistes.

Il est exact aussi que les Impérialismes occidentaux, et leur chef de file étatsunien, ont mis en oeuvre depuis la fin de l’ère coloniale directe une démolition systématique des États nouvellement indépendants, par la corruption, les accords diplomatiques inégaux, l’endettement, la contrainte économique (Plans d’Ajustement Structurels, obligeant les États africains endettés à privatiser leurs industries naissantes et à réduire leurs budgets de santé et éducation), et si nécessaire, la subversion militaire ou civile provoquée, et l’intervention militaire directe.

Ainsi, l’armée française est intervenue plus de 50 fois depuis 1960 dans ses anciennes colonies d’Afrique noire, en général pour y assurer la survie d’un gouvernement "ami" menacé par l’opposition (Côte d’Ivoire, Tchad, etc…).
Et on ne doit pas négliger le rôle subversif des GAFAM dans le monde entier, au service exclusif de l’Impérialisme ("révolutions de couleurs").
Il est exact aussi qu’aux approches du XXIème siècle, les idéologues de l’Impérialisme étatsunien ont programmé un projet de remodelage à leur profit des "régions de fort intérêt stratégique", comme le Moyen-Orient, et ses richesses pétrolières. Cette stratégie incluait l’action, y compris militaire, contre les "États-voyous", ainsi nommés parce que refusant les volontés occidentales au profit d’un plan de développement économique autonome du pays.

Ce projet impérialiste fut mis en oeuvre par les États Unis et leurs alliés contre l’Irak de Saddam Hussein, occupé militairement en 2003 ; puis par la France de Sarkozy, avec le soutien de l’OTAN et des Émirats Arabes, contre l’État national libyen de Khadafi en 2011 ; et enfin contre l’État national syrien dirigé par Bachar El Assad, avec l’aide comme à Tripoli, des insurgés islamistes locaux.
À chaque fois, l’objectif était la destruction d’un État national refusant les diktats occidentaux, même s’il a échoué en Syrie.

Mais ne nous leurrons pas : l’État n’est que l’incarnation au pouvoir de la volonté et des choix économiques et sociaux des classes sociales qui le contrôlent. En l’occurrence, des bourgeoisies nationales qui, en Irak, en Libye, en Syrie, s’étaient fixé pour objectif un plan de développement industriel et agricole autonome, et avaient rejeté pour cela la soumission aux compagnies occidentales, pétrolières par exemple.

Si l’idéologie libérale qui sert de vulgate au Capitalisme occidental et à son Impérialisme aime pourfendre l’État au profit du secteur privé, et de l’aide sociale aux plus pauvres, qu’il baptise "assistance", ses politiciens au pouvoir ne se privent pas d’utiliser les fonctions d’État à leur service : police, médias, et, en matière d’Impérialisme, les armées, les matériels militaires et les services secrets.

L’impérialisme états-unien dans le monde ne s’exprime que par les organes de l’état des USA, son budget, ses soldats, ses bases militaires, ses diplomates et ses agents de la CIA. L’impérialisme français, lui aussi, n’existe en Afrique et ailleurs, que par ses soldats, ses Rafale et ses porte-avions, ses diplomates et ses espions, et le budget d’état qui les finance.

6/
L’impérialisme et son contraire, l’antiimpérialisme peuvent revêtir n’importe quelle forme, religieuse, ou idéologique.
Une autre semi-vérité qui mérite d’être approfondie !

L’affirmation recèle un grand fonds de vérité. Rien d’étonnant, il suffit d’étudier un peu l’histoire des hommes depuis l’origine, pour remarquer que les conflits de classe, de peuples et de nations, ont souvent revêtu les oripeaux d’une religion ou d’une idéologie. Les hérésies médiévales furent souvent des soulèvements populaires contre les possédants, qui, à leur tour, surent incarner leurs volontés de conquêtes et de domination dans le discours de Croisade ou d’orthodoxie.

Au XIXème et XXème siècles, les colonialismes se sont tous parés de justifications morales (faire connaître les vérités chrétiennes, abolir l’esclavage) et progressistes (élever les colonisés à la modernité technologique).
Les Impérialismes actuels affirment (et souvent croient) répandre "la démocratie", entendue par eux comme synonyme des règles du marché capitaliste, agrémentées du pluralisme électoral (version étatsunienne), et les idéologues de l’Impérialisme français se prévalent souvent d’un « droit d’ingérence humanitaire » qui n’est qu’un succédané contemporain de l’idéologie coloniale.

Cela n’interdit pas les contradictions idéologiques.

Ainsi, les Impérialismes ont systématiquement cultivé depuis la fin du XXème siècle, pour atteindre leurs objectifs, l’alliance de fait avec les mouvements intégristes des pays musulmans, qui révèrent peu la démocratie et les droits de l’Homme : ce fut le cas d’abord quand la CIA aida à se construire le mouvement islamiste armé (Moudjahidines), dirigé par Ben Laden, contre le Pouvoir communiste afghan et leurs alliés soviétiques durant la décennie 1980-89. Même si par la suite ces mêmes terroristes ont organisé l’attentat contre les Tours de Manhattan en 2001, ils étaient nés de l’Impérialisme Étatsunien. Il en va de même de l’intégrisme chrétien, juif ou bouddhiste (évangélistes, Dalaï lama, falun gong) qui coopèrent très bien, en particulier aux USA, avec le néoconservatisme laïc néolibéral (désormais appelé à Washington « interventionnisme libéral ») provenant d’une gauche pervertie.

Et cette collusion s’est poursuivie au XXIème siècle, avec l’utilisation des groupes armés islamistes contre les États nationaux que l’Impérialisme occidental voulait détruire, en Irak d’abord lors de l’invasion US, puis en Libye durant la guerre sarkozienne, et enfin contre l’État national Syrien. Notamment par le biais de leurs sponsors des Monarchies pétrolières du Golfe Arabique (Arabo-persique !), ce qui n’a pas empêché, comme dans le cas précédent, les guérilleros islamistes de tenter de se constituer en État théocratique au Moyen-Orient ("le Califat") contre "les Croisés occidentaux", quand ils ont cru pouvoir le faire.

Parce qu’en fait, le discours religieux ou antireligieux mis en avant par les divers protagonistes est surtout destiné à mobiliser les partisans de chaque camp, les mobiles véritables sont autres, et tissés d’intérêts matériels et politiques. Nous devons départager les mouvements islamiques non pas tant entre "chiites" et "sunnites" mais en tant que se positionnant par rapport à Israël et les USA sur le plan international et par rapport aux "pauvres" sur le plan intérieur.

Il est exact aussi que la plupart des mouvements populaires anti-impérialistes du XXème siècle ont pris la forme idéologique du nationalisme : ce fut le cas de presque tous les mouvements anticolonialistes qui ont accédé au pouvoir politique lors des Indépendances des années 1960. Et si certains de leurs leaders, Modibo Keïta au Mali, Kwame N’Krumah au Ghana, etc…, étaient des hommes de progrès désireux à la fois d’indépendance et de progrès social, l’action de la majorité fut bien plus contradictoire.

L’Égyptien Nasser, l’un des hérauts du Tiers-mondisme, fut à la fois l’initiateur d’une réforme agraire, le constructeur du barrage hydro-électrique d’Assouan grâce à l’aide soviétique, et le Raïs autoritaire qui emprisonna les Communistes et détruisit le mouvement Révolutionnaire en Égypte. Il réprima aussi très durement les Frères musulmans, et prétendait mener une politique « équilibrée ». Il a essayé d’absorber dans l’Union socialiste arabe une partie des communistes, les nationalistes et une partie des Frères musulmans, tout en réprimant durement les communistes voulant rester autonomes d’un côté et les Frères musulmans voulant rester autonomes de l’autre.
Boumedienne fit presque la même chose ainsi que beaucoup de baathistes en Irak et Syrie. Ces ambiguïtés, au Moyen-Orient, en Afrique et Asie, finirent par entraîner le discrédit populaire de ces nationalismes et le retour au Pouvoir des bourgeoisies locales soumises à l’Impérialisme.
Parmi les leaders des "pays du Sud", les marxistes mâtinés de nationalisme, Ho-Chi-Minh au Vietnam, Mao en Chine et Kim Il Sung en Corée, furent des cas particuliers, presque des exceptions.

Une confusion fort répandue à ce propos est à éviter. Les Islamismes takfiristes (pas les islamistes iraniens ou yéménites ou de Gaza) des pays à majorité musulmane au Moyen-Orient, Asie et Afrique, se présentent comme les ennemis de l’Impérialisme occidental, ce qui est faux. Dans tous ces pays, ils ont surgi de l’échec des mouvements nationalistes et progressistes du XXème siècle, et ont longuement oeuvré à les détruire, au profit d’une idéologie réactionnaire, autoritaire, terroriste, une version contemporaine du fascisme d’antan revêtue d’intégrisme religieux.
Les idéologies nationalistes ont un contenu contradictoire, et peuvent tout aussi bien incarner les luttes de libération nationale à un moment et dans un contexte donné (le FLN algérien de 1954 à 62, le Hamas palestinien à Gaza) et être parfaitement néfastes à un autre moment historique, parfois même se mettre au service de l’Impérialisme.

Ainsi, les nationalismes conservateurs muselés, sinon éradiqués, dans les pays anciennement socialistes (Yougoslavie et Albanie, Caucase, pays Baltes, Ukraine), y ont refleuri après le rétablissement du capitalisme, et explosé en guerres féroces, grâce aux ingérences à leur service de l’Impérialisme occidental : entre Serbes, Croates, Albanais, etc…, après 1990, avec intervenants de l’OTAN ; en Ukraine après la prise de pouvoir par les ultranationalistes pro-occidentaux, et, plus récemment, dans le Caucase, ils ont causé la flambée de violence entre Azéris et Arméniens à propos du Haut-Karabakh, après la prise du pouvoir à Erevan des Ultra-nationalistes soutenus par l’officine occidentale du banquier Soros.


L’Impérialisme, dans ses complexités et ses contradictions, reste une réalité majeure de notre vingt et unième siècle. D’où qu’il vienne, et quelle que soit sa forme, le seul moyen de construire un monde plus pacifique et moins injuste est de le combattre au nom des Droits des Hommes et du Droit des Nations à l’égalité.
Ce qui doit nous amener à nous interroger sur les Mouvements populaires antiimpérialistes contemporains en France et dans le monde, un siècle après la Révolution Bolchevique et le Congrès de Tours qui en firent un principe fondateur.

À l’issue d’un siècle de luttes anti impérialistes

Nous l’avons noté plus haut, le XXème siècle en France et ailleurs a vu les communistes animer de grands mouvements populaires anti-impérialistes. Le PCF, fidèle pour l’essentiel à son engagement en la matière de 1920, entraînait autour de lui une pléiade d’organisations dites "larges", parce qu’elles incluaient des noncommunistes, plus ou moins sympathisants du Parti, mais qui n’acceptaient pas volontiers sa philosophie (l’athéisme longtemps affirmé par exemple), ou ses modes de fonctionnement ("centralisme" dit démocratique, qui excluait souvent les opposants à la "ligne").

Il s’est agi du " Mouvement de la Paix ", très actif notamment contre les armes nucléaires durant la "Guerre froide", mais aussi de diverses associations politiques à visée internationaliste (France-Urss, et diverses associations d’amitié avec les pays socialistes de l’Est européen ou d’Asie), associations anticolonialistes tournées vers l’Afrique ou le Maghreb (AFASPA, ACCA), associations d’anciens combattants pacifistes (ARAC, FNACA), et de solidarité sociale (Secours Populaire). Cette nébuleuse, qui incluait souvent des intellectuels prestigieux (le savant Frédéric Joliot Curie, le peintre Picasso) et des militants connus pour leurs luttes (l’écrivain Henri Barbusse a l’Arac, Henri Alleg a l’Acca, etc), des syndicalistes (essentiellement CGT), mais aussi des chrétiens "progressistes", se nourrissait de l’influence dans les milieux populaires du PCF. Quand celle-ci se délita à partir de la décennie 1980, elle s’amenuisa, et parfois disparut avec elle, ou survécut sous la forme "mutante" d’associations humanitaires (Secours Populaire).

Ce système concentrique avait ses défauts. Il n’empêcha pas les erreurs factuelles (ainsi le vote par les députés communistes en 1956 des pleins pouvoirs au gouvernement du Socialiste colonialiste Guy Mollet). Mais Il permit de développer des manifestations populaires réunissant des millions de Français, contre les guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie avant 1962, contre les armes nucléaires et l’Impérialisme Étatsunien ensuite.

A l’inverse, la destruction par l’armée française de Sarkozy de l’État national libyen en 2011, n’entraîna aucune mobilisation populaire d’envergure, parce qu’entre temps, le PCF et le courant antiimpérialiste qu’il animait s’étaient délités dans l’opportunisme électoral.
L’objectif prioritaire des militants communistes du XXIème siècle ne peut être que reprendre les volontés fondatrices et anti-impérialistes de 1920, et, de convaincre sur des bases de rupture avec l’opportunisme électoral qui a brisé les liens de confiance entre le PCF et la majorité des citoyens qui vivent de leur travail.

Faire renaître en France un puissant mouvement populaire contre l’impérialisme

Ce qui ne se peut faire seuls, compte tenu de la modestie de nos forces, mais seulement en rassemblant sur cet objectif des partenaires de combat.

Comme nos prédécesseurs militants surent le faire contre la guerre coloniale de 1956 à 1962. Les alliances sont une nécessité du combat politique, qui a pour but de changer les rapports de force en faveur de nos objectifs d’une société meilleure. Mais encore faut-il savoir comment les faire, avec quels partenaires, et sur quels projets.

Quelques-uns de nos proches nous disent : pas d’exclusive ! il faut s’allier avec tous ceux qui se disent ennemis de l’impérialisme. Si c’est affirmer l’absurdité du sectarisme, de la suffisance idéologique qui nous imprègne encore parfois, nous ne pouvons qu’être d’accord. Il serait aberrant de rejeter le ralliement individuel à nos luttes anti-impérialistes de tous ceux, majoritaires, qui ne partagent pas nos convictions marxistes, croyants ou agnostiques, prolétaires ou fils de bourgeois. Nous avons trop encore parmi nous de ces donneurs de leçons-es-vulgate marxiste, qui utilisent les citations de Lénine ou Mao comme une parole divine, un Évangile ou un Coran, et avancent sûrs d’eux jusqu’à l’isolement total. Ils croient pourfendre les dérives opportunistes et électoralistes, et ne font que les renforcer en verbiageincompréhensible au commun des contemporains.

Autre chose est l’unité pour un combat commun entre organisations ou courants de pensée politique. Soyons précis : il nous arrive assez souvent dans notre France libérale et macronienne, d’entendre un dirigeant de l’extrême-droite xénophobe, affirmer comme nous que ce pouvoir est complaisant aux possédants, rude à tous ceux n’ayant que leur travail pour vivre, et peu attentifs aux drames provoqués par le départ vers l’étranger des emplois qui faisaient une Nation plus forte. Marine ou Marion Le Pen, Robert Ménard ou Philippot, ils ne cessent de le répéter, et peu importe qu’ils y croient ou pas : cela leur permet d’obtenir, ce n’est pas anodin, plus du tiers des suffrages exprimés dans la classe ouvrière française.

Toute une nébuleuse nationaliste ou "souverainiste", qu’elle se réclame du Gaullisme ou pas, se répand en critiques, comme nous le faisons à juste titre, contre l’Union européenne et son appendice militaire, l’OTAN, au nom de l’indépendance nationale. Cela ne justifie aucunement la moindre complaisance en leur faveur, et surtout pas une collusion de type électoral, qui reviendrait pour les travailleurs à se tirer une balle dans le pied.

Amplifiant le jeu politicien inventé par le PS Il y a déjà 40 ans, Macron s’est fait élire Président en 2017 en faisant mousser le "danger Le Pen", et il compte bien le refaire en 2022, en même temps qu’il reprend, quand il le juge utile, des pans entiers du discours de ses soi-disant ennemis (la peur du terrorisme et parfois l’islamophobie).

Ce n’est certes pas une raison pour voter pour la xénophobie fascisante contre le candidat libéral monarchique aux élections présidentielles, les deux étant d’excellents duettistes partenaires au service du Capitalisme et de l’Impérialisme. Taire notre opposition inexorable avec le rassemblement national ou les autres organisations nationalistes (y compris le
Gaullisme qui nous a légué la Constitution monarchique de la Vème République) reviendrait à désavouer un siècle de combats menés par les communistes français contre les fascismes et le colonialisme.

Il serait tout aussi aberrant pour un militant Communiste d’appeler à voter Le Pen, que de soutenir de quelque complaisance que ce soit les terroristes islamistes, qui se prétendent anti-
Occidentaux au nom d’un Coran dévoyé, mais qui sont en fait les instruments d’une idéologie politique cherchant à imposer ses vues par la terreur aux peuples dits musulmans, parce que la majorité de leurs citoyens pratiquent l’Islam. L’essentiel de leurs victimes sont d’abord des
musulmans, et ils sont par leurs crimes les meilleurs alliés de l’Impérialisme occidental.

Un argument vicieux a beaucoup servi pour déstabiliser les courants antiimpérialistes depuis les invasions occidentales de l’Irak, de la Libye, et de la Syrie. Il a réussi à désarmer y compris certains dirigeants du PCF, qui cautionnaient le slogan démobilisateur "ni Saddam Hussein, ni Bush" en 2003, et son équivalant "ni Khadafy ni Sarkozy" en 2011. La plupart des médias dont la tasse de thé commune et quotidienne est l’anticommunisme, le formulaient ainsi : on ne peut défendre certaines des cibles de l’impérialisme !

Nous n’avons en tant que marxistes, aucune affinité pour des régimes nationalistes autoritaires, voire dictatoriaux, qui nient la lutte de classe au profit d’une "union sacrée" de la Nation. C’était le cas de l’État de Saddam en Irak, et de celui de Khadafi en Libye. Ce fut
même un demi-siècle avant le cas du Raïs égyptien Nasser, et actuellement du régime nationaliste-autoritaire de El Assad en Syrie, et même de la théocratie nationaliste des Mollahs en Iran.

Mais ne nous leurrons pas : si l’impérialisme occidental veut les détruire par la guerre, ce n’est pas à cause de leurs caractères autoritaires, sauf à en faire un prétexte d’invasion comme les colonialistes européens prétendaient conquérir l’Afrique en 1900 pour y combattre l’esclavage. Son objectif unique est d’en détruire l’état national, qui, en développant une industrie indépendante, s’oppose à leurs visées d’exploitation des richesses locales.

Des lors, nous devons être solidaires de tous les peuples et des pays menacés ou pillés par l’Impérialisme, quel que soit leur gouvernement ! Seuls les citoyens de ces pays ont le droit d’en juger, en aucun cas les dirigeants d’une puissance extérieure, ou leur armée, ni même les citoyens de la France soi-disant héritière de 1789, au nom d’une sorte de colonialisme inversé, d’un quelconque "droit d’ingérence". Nous sommes aussi les descendants de Robespierre, qui affirma : « les peuples n’aiment pas les missionnaires bottés ».

Combattre l’impérialisme exige de notre part une approbation totale des pays socialistes qu’il menace

Cette affirmation paraît être la simple application des paragraphes précédents : ce qui est vrai pour les peuples d’Iran, de Syrie, etc…, est évidemment plus évident encore envers le peuple de Cuba, qui subit le blocus économique des USA depuis qu’il a choisi le socialisme. Et la même solidarité est nécessaire à l’égard des peuples de Chine, de Corée du Nord et du Vietnam, qui ont tous lourdement payé les menées guerrières de l’Impérialisme des USA et de leurs alliés.

Et cet acharnement à leur égard est évidemment dû à leurs choix d’une économie socialiste, sous la direction des Partis Communistes. Les défendre est d’autant plus nécessaire que c’est
défendre en même temps le droit pour n’importe quel peuple de construire le Socialisme chez lui, y compris pour celui de France.
Un socialisme futur qui reposera comme ailleurs sur la propriété collective des moyens de production, mais dont les contours (démocratie, libertés d’opinions et d’expression) seront décidés en toute indépendance par les travailleurs de France, sans chercher à reproduire un modèle existant.
Ce serait d’ailleurs difficile, tant les réalités politiques, sociales et sociétales du socialisme en Chine, à Cuba, en Corée du Nord, sont diverses, et parfois fort éloignées de nos traditions nationales.

L’impérialisme génère des idéologies, racistes et xénophobes, qui servent de justification a l’exploitation d’un peuple ou d’une partie de ce peuple

C’est une autre affirmation, parfaitement juste, mais qui mérite quelques commentaires, en tant que militants communistes.

En effet, les dirigeants des pays colonisateurs, comme la France depuis 5 siècles, ont toujours favorisé la diffusion dans l’opinion, de la xénophobie (haine et mépris de l’étranger qui menacerait notre intégrité physique et nos propriétés) et sa version raciste (les hommes se divisent en races supérieures ou inférieures, doctrine pseudo-scientifique de l’hérédité génétique développée au XIXème siècle).

Les deux servent à justifier moralement la sujétion ou l’exploitation des immigrants ou colonisés ; elles sont un ferment mortel de division entre les travailleurs, au profit des possédants. Cette xénophobie-racisme se camoufle souvent sous des prétextes religieux, ce fut le cas de l’antisémitisme contre les Juifs, virulent au XXème siècle, et de l’Islamophobie contre les musulmans aujourd’hui.

Les communistes doivent donc combattre sans relâche et sans faiblesse racismes et xénophobies, comme ils luttent contre Impérialisme et Capitalisme qui nourrissent ces "idées". Mais l’un ne va pas sans l’autre. Le racisme a un contenu de classe, au service des possédants ou des impérialistes, le limiter à sa seule dimension morale permet toutes les
manipulations politiciennes (ainsi les discours contre l’antisémitisme du CRIF au profit du Sionisme, c’est à dire du colonialisme israélien).

Les communistes doivent défendre l’immigration, puisqu’elle est une conséquence de l’impérialisme

Une affirmation qui semble découler de la mission primordiale des Communistes, être fidèles au devoir de solidarité internationaliste, et au combat permanent contre xénophobies et racismes. Car il est vrai que les vagues de migrations contemporaines sont généralement des conséquences de l’Impérialisme, soit conséquence directe des guerres qu’il a semées (ainsi les millions de réfugiés syriens au Liban ou en Europe), soit dues au sous-développement économique, chômage et pauvreté, entretenus par les métropoles impérialistes dans les "pays du Sud".
On ne part pas de son plein gré de sa patrie d’origine en Afrique quand on est diplômé et contraint pour survivre de vendre de petits objets sur le trottoir.

Nous devons donc être solidaires des immigrés sans-papiers contre le sort indigne qui leur est fait par les autorités de notre pays, contre tous les racismes qui en font des boucs émissaires, alors même que les employeurs savent les utiliser à salaires réduits.

Il faut combattre les causes de l’immigration et coordonner pour ce faire les activités des communistes et des organisations progressistes et antiracistes en France avec les partis progressistes des pays « exportateurs de main d’oeuvre » et ne jamais confondre la dénonciation du phénomène négatif pour le pays de départ comme pour le pays d’arrivée de
l’immigration incontrôlée, non planifiée, avec l’attitude à l’égard des immigrés qui sont des victimes d’une économie qui les a arrachés à leurs proches et à leurs pays et avec qui il faut être solidaire et viser à les intégrer dans les luttes locales pour l’égalité.

Autre chose serait de présenter les migrations comme une bonne chose en soi. Si quitter sa nation pour un pays "plus riche" en espérant mieux vivre et expédier de l’argent à sa famille peut être une solution individuelle, elle n’est jamais profitable au pays de départ, qu’elle ampute de ses éléments les plus jeunes et les mieux formés. Tous les révolutionnaires africains du XXème siècle, de Modibo Keïta à Sankara, l’ont répété.

Le devoir des militants français est de soutenir les luttes des peuples africains pour donner à leur pays une industrie et agriculture souveraine, capable d’assurer travail et bien-être à leurs citoyens, et de combattre pour cela avec eux l’Impérialisme, à commencer par celui de la France.


À l’occasion d’un débat public que l’ANC avait organisé, un militant qui a fait ses preuves sur le front de l’anti-impérialisme, s’en est pris à ce qu’il nommait notre "cécité française", en clamant péremptoirement l’affirmation suivante :

L’impérialisme français n’existe plus, il faut combattre l’impérialisme occidental, voire l’impérialisme tout court.

Encore une fausse évidence, qui ne peut nous aider à reconstruire un mouvement populaire anti-impérialiste dans notre pays. L’impérialisme français est sans doute un "sous-impérialisme" au regard de ce qu’il a été et de sa force relative par rapport à l’impérialisme "global" des USA, mais il n’en reste pas moins réel, actif : les contradictions inter-impérialistes existent toujours même dans un rapport d’inégalités entre impérialismes.

Certes, il est évident que le rôle de la France dans le concert impérialiste occidental, dont le visage militaire est l’OTAN, a décliné en même temps que déclinait la puissance du capitalisme français.
Depuis l’effondrement de l’Empire colonial africain et les indépendances des années 1960, le Capitalisme français a du composer avec son concurrent Nord-Américain jusque dans son "pré-carré" d’Afrique nord-ouest : les entreprises spécialisées françaises comme Bouygues ou Bolloré ont dû concéder pas mal de marchés à leurs concurrents d’Outre Atlantique (le Port d’Abidjan par exemple). Et même sur le strict plan militaire, l’influence US est prégnante : l’armée française qui parcourt le désert malien ne parvient à éliminer quelques convois djihadistes que grâce aux repérages effectués par les drones US basés au Burkina. L’Impérialisme français, à la différence de l’ère Gaulliste, n’a plus que les moyens d’un supplétif de l’Impérialisme occidental, dont le centre vital est à Washington.

Et il est même réduit à quémander l’aide financière de l’OTAN et de l’Union Européenne (donc de l’impérialisme allemand qui en est le coeur) pour ses coûteuses aventures militaires au Sahel.

Mais ne nous aveuglons pas : ce rôle supplétif de l’Impérialisme français n’est pas celui d’une puissance secondaire, comme un minuscule pays balte au sein de l’OTAN. L’économie française reste au cinquième ou sixième rang mondial (elle devrait bientôt reculer derrière la dixième place selon les analyses récentes), et la crise sanitaire-économique qui affaiblit les USA redistribue les rapports de force futurs. Pour l’instant, la France veut encore consacrer 39 milliards d’euros à ses dépenses militaires en 2023 (4,5% de plus qu’en 2022 !), malgré ses déboires économiques actuels. Elle est l’un des membres du club très fermé possédant des armes nucléaires, qui seraient essentielles en cas de conflit armé majeur en Europe, Méditerranée ou Moyen-Orient. Et ses partenaires occidentaux lui reconnaissent une spécialité héritée de son passé colonial, celui de gendarme de l’Occident contre les ambitions chinoises en Afrique. C’est la raison essentielle de sa présence militaire au Sahel, prétendument contre le terrorisme islamiste, en réalité pour veiller aux investissements occidentaux dans le secteur.

L’impérialisme français est donc un élément important de l’ensemble occidental, spécialisé dans ses dimensions nucléaires, et africaines. Il serait mal venu pour des militants et citoyens français de ne pas le mettre en avant, alors qu’il est toujours un rouage majeur de l’OTAN, plus même que l’Allemagne, limitée sur le plan militaire par ses engagements d’après 1945. C’est bien pourquoi l’ANC (Association Nationale des Communistes) a lancé dès 2020 une série de manifestations publiques pour exiger le retrait des soldats français présents en Afrique, en accord notamment avec des militants africains.

Le Monde a publié le 24/11/2020 une interview révélatrice du General Lavigne, chef d’État-Major de l’armée de l’Air et de l’Espace. Il y explique que la-dite armée Française « est prête...pour un conflit dur... ("de haute intensité"), en coalition avec nos partenaires américains, allemands, britanniques, italiens, espagnols ». Ce qui signifierait selon lui « des pertes estimées de 4 à 8 %... 1000 sorties d’avions de chasse par jour ». La France, dans une telle coalition, pèserait environ 10 %... La loi de programmation militaire pour 2019/2025 ... prévoit, à terme, 225 avions de combat soit « la possibilité de projeter 20 Rafale a 20.000 kilomètres en quarante-huit heures ».
Il affirme un objectif clair de « supériorité aérienne » et désigne clairement les ennemis potentiels : la Russie et la Chine.

Est-ce un hasard ?
Le Monde du 25/11/2020 publie un sondage selon lequel l’opinion française a une image de plus en plus négative (plus de 60 %) de la Chine, de la Corée du Nord, de l’Iran et la Russie : exactement celle cultivée par l’Impérialisme occidental, par l’entremise des médias qui lui sont dévoués. Le même numéro du Monde nous apprend que les deux "ennemis millénaires" supposés du Moyen-Orient, Arabie Saoudite et État d’Israël, tous deux en fait fidèles partenaires, comme la France, de l’Impérialisme occidental, se sont rencontrés pour parvenir à un nouvel axe anti-Iranien.

Ne sous-estimons pas la capacité de nuisance de l’Impérialisme, notamment celui de la France. Les militants de la paix que nous sommes ont du pain sur la planche !
La deuxième raison qui doit nous amener à combattre en premier l’Impérialisme français est d’ordre pédagogique : c’est le moyen le plus efficace de convaincre l’opinion de notre pays, directement concernée par les dépenses (plus d’un milliard d’euros par an) englouties par l’État français au service d’une guerre perdue d’avance en Afrique, puisqu’elle ne fait qu’y renforcer le djihadisme qu’elle prétend y éradiquer, nourri qu’il est par le sous-développement économique et le démantèlement des États nationaux.
Alors que, face à l’épidémie de Covid, le système hospitalier français est toujours en manque de crédits supplémentaires [1].

Mettre en relief la nocivité de l’Impérialisme de notre pays est au contraire le meilleur levier pour reconstruire un mouvement populaire contre l’Impérialisme en général, qui lui est lié.

On en a eu une illustration durant les longues péripéties de l’élection présidentielle aux États Unis. Les médias français nous en ont abreuvés, dans l’optique du Président Macron et de sa Cour, en présentant un Trump caricaturé au profit du prétendant démocrate Biden, comme s’ils n’étaient pas les deux côtés de la même médaille, les deux visages du même Impérialisme des États Unis, le grand Maitre ébranlé du camp occidental dont la France est partie prenante.
Comme si l’Impérialisme, étatsunien ou pas, se limitait aux foucades et aux tweets démagogiques d’un homme ou d’une femme, qu’ils se nomment Trump ou Biden, Macron ou Merkel. Alors qu’ils ne sont que les visages d’un complexe de pouvoirs politiques, économiques, militaires et médiatiques.
C’est cet "establishment" que nous avons à combattre, sous ses multiples apparences.

Quelques exemples parlant des choix budgétaires du gouvernement Budget 2020 (en euros) :

Ministère de la Culture : 2 milliards 961 millions 178.255 Ministère des Solidarités et de la Santé : 1 milliard 128 millions 275.111 Ministère de La Défense (des Armées) : 46 milliards 76 millions 465.679 [2]

Le très officiel site « vie publique » présente le bilan des OPEX comme suit :
Irak, Syrie, Centrafrique, Sahel, les opérations militaires extérieures sont devenues une composante structurelle de l’activité opérationnelle des armées, en particulier de l’armée de terre. […] Les opérations récentes ont pour nom Harmattan (Libye, 2011), Serval (Mali, 2013), Sangaris (République centrafricaine, 2013), Barkhane (Sahel, 2014) ou Chammal (Irak, Syrie, 2014). […] Depuis 1995, les armées françaises ont été engagées dans quelque 106 opérations menées à l’extérieur des frontières nationales. À ces opérations, il convient d’ajouter 5 opérations lancées antérieurement à cette date mais toujours en cours. […] La Cour des comptes souligne que les dépenses supplémentaires dues aux OPEX ont représenté, au cours des trois derniers exercices, plus de 1,1 milliard d’euros chaque année. Le coût unitaire, par militaire projeté, d’une opération extérieure a plus que doublé depuis une décennie, pour atteindre plus de 100.000 d’euros par soldat déployé par an.

En guise de conclusion

Les pages qui précèdent sont la contribution personnelle d’un militant de l’ANC, aux efforts de notre organisation pour la formation théorique de ses adhérents et sympathisants.

Cette contribution propose à la discussion une analyse de l’Impérialisme, depuis un siècle, avec ses évolutions et ses contradictions. Elle présente ensuite les questions qui nous sont le plus souvent posées au sujet de l’Impérialisme contemporain, et propose des éléments de réponse, car certaines mêlent vérités et idées fausses. Le combat contre l’Impérialisme est un des fondements de notre idéal communiste. Il ne peut être efficace que s’il est rationnel, et nourri des expériences du passé révolutionnaire, et capable d’une analyse dialectique des contradictions du temps présent.

Dans tous les cas, ces analyses n’engagent que leur auteur, et doivent être le point de départ d’un débat, nécessaire à toute formation marxiste.

Francis Arzalier
Décembre 2020


Les 22 Présidents Africains assassinés par l’Impérialisme occidental depuis 1963 !

[1Le prix unitaire d’un avion militaire Dassault Rafale est de 101,1 millions d’euros. Le prix de revient d’un appartement neuf dans le secteur locatif social est de 140.000 €. L’état français peut construire 8000 logements sociaux par an ou acheter 11 avions. Les frais d’entretien des 147 Rafale en service dans l’Armée de l’air et la Marine nationale sont évalués à 611,2 millions d’euros au total en 2018, selon les chiffres du ministère des Armées.

[2Crédits ouverts aux ministres par la loi de finances initiale pour 2020 au titre du budget général.

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